Revue de Presse

Six tours du monde en 80 jours!

lundi 27 octobre 2008, 18:00

"A tout à l'heure", a-t-il simplement dit à son interlocuteur avant de s'élancer dans le parc, suivi de près par son coach. Ou plutôt sa coach. Une amie de Carla, spécialiste de la "forme physique". Celle qui, depuis six mois, court avec lui au moins deux fois par semaine. Elle lui a établi un plan d'entraînement sur mesure. Un terme fait maintenant fureur à l'Elysée: il est de bon ton d'évoquer, dans la conversation, la "VO2max de Nicolas".


Franck Louvrier, le conseiller en communication de l'Elysée, se fait un plaisir d'expliquer l'enchaînement savant des rythmes "d'accélération et de décélération" auxquels se livre le chef de l'Etat pendant ses 90 minutes de jogging. Nicolas Sarkozy a si bien intégré ce programme personnalisé qu'il le fait seul lors de ses voyages à l'étranger. Ainsi, il y a huit jours, alors qu'il était au Québec et se préparait à rejoindre George W. Bush à Camp David, il est parti à 6 heures du matin le long des berges du Saint-Laurent, avec ses officiers de sécurité.


Mais courir n'est pas le seul "secret" de la forme physique de Nicolas Sarkozy, qui multiplie les déplacements officiels: près de trente en France et à l'étranger, depuis son voyage express aux Jeux olympiques de Pékin (à peine une journée sur place) au début du mois d'août. Pour montrer une telle résistance, il se préserve, en dépit de son emploi du temps surchargé. Ainsi, depuis quelques semaines, il a demandé à son entourage de réduire le nombre de ses rendez-vous quotidiens. De vingt, ils sont passés à six. "Sept au maximum": la consigne est claire.


Nicolas Sarkozy a besoin de plages de repos. D'espaces d'aération. Pendant lesquels il peut... passer des coups de fil, fumer un cigare, avaler quelques cuillères de fromage blanc, ou croquer une pomme. Jamais d'alcool: le Président a été très "agacé" par les commentaires qui ont suivi sa conférence de presse d'octobre 2007 avec Vladimir Poutine et qui laissaient entendre qu'il aurait abusé de la vodka. "D'autant plus absurde que ni Poutine ni lui ne boivent une goutte", jure son entourage qui explique l'essoufflement d'alors par une "montée d'escalier quatre à quatre".


Pas d'alcool et 7 heures de sommeil par nuit


Autre rumeur infondée, celle qui concerne la consommation immodérée qu'il ferait du chocolat. Très soucieux de sa ligne, Sarkozy se nourrit essentiellement de viande blanche, de poisson et de légumes. S'il ne s'interdit pas les féculents (des sucres lents), il lui arrive fréquemment de sauter le fromage et le dessert. Y compris lors des dîners officiels où un fruit remplace subrepticement sur son assiette l'entremet du menu. Le Président s'efforce de ne pas céder à la tentation du chocolat plus d'une ou deux fois par jour. "Et encore", jure Claude Guéant, le secrétaire général de l'Elysée, qui avoue faire lui aussi "la chasse aux calories".


Question diététique, Nicolas Sarkozy peut également compter sur son épouse. Carla, ancien mannequin, veille de près aux repas du soir qu'ils prennent généralement tous les deux. Car si les journées du président démarrent tôt ("le premier coup de téléphone survient vers 7 heures", confirme Guéant), elles se terminent rarement après 20 heures. Selon un rituel bien établi, le chef de l'Etat quitte alors l'Elysée pour rejoindre le domicile de Carla Bruni, une maison située dans le 16e arrondissement de Paris. Les soirées du couple sont rythmées comme du papier à musique. Dîner léger en famille, le plus souvent dans la cuisine ouverte sur le jardin. Vers 22 heures, Nicolas Sarkozy regagne le bureau qu'il s'est aménagé là-bas pour étudier ce que son cabinet appelle les "dossiers du lendemain". Il se couche aux alentours de minuit.


Le Président, qui a besoin de dormir "environ 7 heures", n'a "aucun problème de sommeil", assurent ses proches qui poussent des hauts cris dès que l'on parle de somnifères ou de tout adjuvant artificiel. "Nicolas déteste l'idée de perdre le contrôle. Il évite comme la peste tout produit médicamenteux. Y compris la vitamine C à laquelle il préfère le jus d'oranges." Seule exception, l'Imigran, le remède qu'il utilise pour combattre ses migraines et dont "il ne se sépare jamais". La dernière migraine "officielle" remonterait... à plusieurs mois. Le "bon stress" de la crise, sans doute. Quant au décalage horaire, que Nicolas Sarkozy redoute, la brièveté des voyages présidentiels permet finalement de les éviter. Ainsi en Chine, ces deux derniers jours: départ jeudi soir, retour dimanche matin. 25 heures d'avion au total pendant lesquelles, le Président peut faire ses nuits.


Sarkozy, président procédurier

vendredi 24 octobre 2008, 15:59

Nicolas Sarkozy est sur tous les fronts. Soutien aux PME, crise bancaire, sommet Asie-Europe, etc. Il a aussi occupé cette semaine le terrain judiciaire, mais à des fins personnelles. En dix jours, le chef de l'Etat a porté plainte deux fois et plusieurs affaires le concernant sont en cours. Depuis Valéry Giscard d'Estaing, les présidents se sont interdits d'aller devant les tribunaux et la cinquième République a rarement vu un chef de l'Etat multiplier autant les procédures devant la justice. Ce qui doit rendre heureux son avocat, maitre Herzog.

Dernière action en date, un référé contre les éditions K&B pour leur faire retirer du marché une poupée vaudou à son effigie. Le coffret vendu par l'entreprise contient une poupée Sarkozy, un manuel de sorcellerie, une biographie humoristique du président et un lot de douze aiguilles pour s'initier à l'art de la magie noire et de l'envoûtement au dépens du chef de l'Etat. Pour Nicolas Sarkozy et son conseil, point d'humour là-dedans, mais une "violation du droit à l'image" manifeste. De quoi réclamer le retrait de la vente de l'objet du délit et un euro symbolique. Dommage, le manuel est déjà numéro un des ventes sur les sites d'achat en ligne. L'affaire est plaidée ce vendredi à 15h00 devant le tribunal de grande instance de Paris.

Un militant accusé d'"offense"

La communication de cette information est intervenue jeudi, alors que comparaissait le même jour un Mayennais devant le tribunal correctionnel de Laval pour "offense au chef de l'Etat". Cet homme, un ancien travailleur social toujours très engagé dans le combat anti-OGM, antinucléaire et pro sans-papiers, avait brandi une affichette avec le célèbre "casse-toi pauv' con" au passage du président en août dernier. Il risque mille euros d'amende pour "injure", selon la loi sur la presse et sur la communication. Mais, si le tribunal retient l'"offense", on peut aller jusqu'à 45 000 euros. Pour rappel, la Cour européenne des droits de l'Homme a condamné la France le 25 juin 2002 pour un délit d'offense à chef d'Etat étranger (suite à la condmnation par la justice française d'un article du Monde évoquant en 1995 l'entourage du roi du Maroc). De manière générale, pour la justice européenne, la France applique trop mal le principe de liberté d'expression et de trop nombreuses condamnations pour diffamation, insulte ou offense sont prononcées dans notre pays.

Toujours jeudi, un couple de Sénégalais de 30 ans a été écroué par le parquet de Nanterre. La justice leur reproche d'avoir piraté le compte bancaire présidentiel. Une jeune femme travaillant dans une boutique de téléphonie a été déférée devant le parquet et devait encore passer devant le juge pour connaître son sort. Le couple aurait souscrit des abonnements à des réseaux de mobile en utilisant les coordonnées bancaires du président.

Mais la liste des actions en justice de Nicolas Sarkozy est bien plus longue. Premier procès en date, un succès dans un délit d'atteinte au droit à l'image contre la compagnie aérienne Ryanair en février dernier. L'entreprise irlandaise avait publié, dans une publicité, une photographie du couple présidentiel. Le même mois, Nicolas Sarkozy dépose plainte contre le Nouvel Observateur dans l'"affaire du SMS", prétendument adressé à son ancienne épouse Cécilia. Le journaliste s'est depuis excusé et l'action n'est pas allée jusqu'à son terme.

Un statut pénal exceptionnel

Plus récemment, il y a eu la plainte contre l'ex directeur des Renseignements généraux, Yves Bertrand, pour "dénonciation calomnieuse, atteinte à la vie privée, faux, usage de faux et recel". Enfin, pour compléter la liste, il ne faut pas oublier le procès Clearstream, dans lequel le chef de l'Etat s'est constitué partie civile. Nicolas Sarkozy est un ancien avocat et le nombre d'affaires dans lequel il est engagé montre bien sa connaissance des lois. Surtout, il souhaite affirmer ainsi qu'il se considère comme un citoyen lambda. "Ni au-dessus des lois, ni en-dessous", aime-t-il à répéter

Problème, les différents recours à la justice du président en inquiètent beaucoup. Le chef de l'Etat bénéficie d'un statut juridique particulier, puisqu'il ne peut être poursuivi (grâce à l'immunité présidentielle), mais peut poursuivre comme bon lui semble. Le déséquilibre pose problème. En outre, le président, lorsqu'il porte plainte, ne peut être considéré comme n'importe quel citoyen. Président de la République, il est le supérieur des magistrats. En effet, il est notamment, de par sa fonction, président du Conseil supérieur de la magistrature (CSM), l'organe qui décide de la carrière des juges et des procureurs français. Bref, Nicolas Sarkozy n'est pas tout à fait un justiciable comme les autres.

Elysée: Encore un budget polémique

mercredi 15 octobre 2008, 08:54

Le timing est pour le moins mauvais sur un sujet aussi sensible. Alors que la crise financière secoue les économies mondiales et que les plans de sauvetage des banques va coûter quelque 360 milliards d'euros à la France, l'annonce de la hausse du budget de l'Elysée pour 2009 devrait provoquer un tollé. Encore que tout le monde ne soit pas d'accord sur l'ampleur de cette augmentation. Selon le projet de budget 2009 - examiné en novembre prochain par le Parlement - les crédits alloués à l'Elysée devraient s'élever à 112,3 millions d'euros contre 100,8 millions d'euros pour le budget initial de 2008. Soit une hausse de 11,45%. Ce sont notamment les frais de déplacements de Nicolas Sarkozy, + 32% par rapport à 2008, qui provoquent cette hausse des crédits. En cause également, les charges de fonctionnements (fournitures, télécommunications, frais de réception, etc.), qui vont croître de 25,2%.

Déchiffreur reconnu des budgets élyséens depuis des années, René Dosière, le député apparenté PS crie à "l'opacité" et déplore cette "augmentation très forte" du budget de la présidence. "C'est la hausse la plus importante depuis au moins cinq ans du budget de la présidence: Nicolas Sarkozy bat largement Jacques Chirac", dit le député de l'Aisne au Parisien à paraître mercredi. "Alors qu'il met toutes les administrations de l'Etat à la diète, Nicolas Sarkozy fait plus avec plus. A l'évidence, le président de la République est plus cigale que fourmi". Le député socialiste s'étonne aussi de la présence de "clandestins" dans les effectifs de l'Elysée. "Entre le nombre de fonctionnaires mis à disposition par les ministères et le chiffre officiel déclaré par l'Elysée, il y a un écart d'environ 150 personnes". Par ailleurs, "la rémunération de 98 collaborateurs va augmenter de 20% après une hausse de 26,8% l'an dernier. Qui a vu son salaire augmenter de 50% en deux ans?", s'interroge-t-il. Le député de l'Aine présentera mercredi son rapport annuel, opportunément intitulé "Le président qui ne connaît pas la crise".

"La Présidence est donc exemplaire en matière budgétaire"

Du côté de l'Elysée, il s'agit donc de déminer le sujet rapidement, surtout après la longue polémique qui avait émaillé le premier budget de l'Elysée de l'ère Sarkozy, lorsqu'il était passé de 33 à 100,8 millions d'euros. Ou encore celle sur l'augmentation de 170% du salaire de Nicolas Sarkozy. Dans un communiqué intitulé Budget de l'Elysée: exemplaire de transparence et de bonne gestion" envoyé mardi soir, on note que les services du chef de l'Etat n'ont pas tout à fait la même lecture des chiffres. Au final, explique ce long texte, "la dotation budgétaire de la Présidence s'élève pour 2009 à 112,3 millions d'euros, soit une progression de 2%". Grâce à quel tour de passe-passe l'augmentation du budget passe-t-elle d'un gros 11,45% à un plus acceptable 2%? Tout simplement parce que le budget 2008 a été revu à la hausse entre temps et qu'il ne s'élève plus à 100,8 millions comme annoncé mais à 110 millions d'euros...

Pour justifier cette hausse de dernière minute, l'Elysée parle "de quelques derniers ajustements" destinés à prendre en charge des postes de dépenses sous-estimés, dont "les cotisations retraite des personnels des ministère de la Défense", à hauteur de 4,2 millions d'euros. L'autre "ajustement" concerne les frais de transport du président. Ils ont été calculé sur la base de ceux de Jacques Chirac, or, Nicolas Sarkozy voyage trois fois plus que son prédécesseur. Il faut donc une enveloppe supplémentaire de 5 millions d'euros. Toutefois, ajoute l'Elysée, "le coût pour l'Etat est nul" puisque cette hausse est couverte par un "transfert des crédits correspondants du budget du ministère de la Défense".

"La Présidence est donc exemplaire en matière budgétaire, en se soumettant aux règles qu'elle édicte pour les budgets ministériels (pas plus vite que l'inflation)", se félicite le communiqué. Et de continuer dans l'autosatisfaction en soulignant que, par rapport à 2006, "les déplacements ont été multipliés par trois; les réceptions ont été multipliées par deux" et "le volume de courrier reçu (et auquel il faut répondre) a doublé. Pour autant, le budget de la Présidence ne progresse pas", grâce à un "vaste plan d'économie". Le porte-flingue de l'UMP, Frédéric Lefebvre a immédiatement réagi aux attaques de René Dosières "tout simplement ridicules car il feint de penser que l'activité du Président n'a pas augmenté depuis quinze mois alors ". "L'augmentation de 2% du budget (...) c'est une évolution plus que raisonnable." Un peu plus, et on parlerait presque de rigueur à l'Elysée.

Le gouvernement siphonne 600 millions d'euros des caisses des chômeurs et des handicapés

jeudi 9 octobre 2008, 22:41

En pleine crise financière, le gouvernement s'inquiète de plus en plus de voir tous les compteurs virer au rouge vif : forte hausse du chômage au mois d'août, augmentation des déficits pour financer les plans d'aide aux banques, baisse des entrées fiscales en raison du ralentissement de la consommation. Pour sortir de cette impasse, les Européens ont prévu d'assouplir les critères de Maastricht pour permettre aux Etats de s'endetter davantage. Mais cela ne suffira pas. Le gouvernement tente donc de récupérer discrètement des enveloppes budgétaires essentiellement consacrées aux chômeurs et aux handicapés. Avec un système un peu complexe composé d'organismes largement ignorés par le grand public, le gouvernement espère récupérer ses fonds en toute discrétion. C'est ce que révèle le Canard Enchaîné dans son édition du 8 octobre.

L'Etat va récupérer discrètement 400 millions d'euros à l'UNEDIC
En janvier, l'UNEDIC et l'ANPE vont fusionner pour donner naissance à "France-Emploi". Ce service public, nouvelle génération, doit permettre d'améliorer le traitement du chômage et le retour à l'emploi. L'UNEDIC est une structure partiaire (gérée par les partenaires sociaux) financée par les cotisations chômage payées par les salariés. L'ANPE est une administration d'Etat. Ces deux structures de natures différentes vont fusionner au sein d'un organisme entièrement contrôlé par l'Etat.
A l'origine, l'UNEDIC devait débourser 8% de son budget pour financer la création de France-Emploi, structure d'Etat. Or, selon le Canard Enchaîné, le ministère a décidé arbitrairement d'augmenter la part de co-financement à 10%. L'UNEDIC doit donc faire une rallonge de 400 millions d'euros pour financer "France-Emploi", structure d'Etat. Autrement dit, l'Etat récupère 400 millions d'euros des caisses de l'assurance-chômage.

L'Etat avait déjà pris 50 millions d'euros destinés à l'insertion des handicapés
Ce n'est pas la première fois que l'Etat récupère discrètement des fonds dans des caisses destinées normalement aux chômeurs et à ceux qui connaissent des problèmes d'insertion. L'Etat a déjà repris, sans concertation, 50 millions d'euros à l'Agefiph, fonds d'aide pour l'insertion professionnelle des handicapés pour équilibrer les recettes du projet de loi de finances 2009. A l'époque, la CGT avait qualifié ce tour de passe-passe comptable de véritable "hold up" car cela revient à retirer à la structure 10% de son budget prévisionnel 2008-2010. Selon le président de l'Association, cette ponction de l'Etat pourrait priver 28 000 personnes à mobilité réduite d'une formation qualifiante. Cette ponction est la deuxième qui touche les handicapés. Au mois d'avril, le gouvernement avait déjà annulé 17 millions d'euros de crédits du Fonds d'insertion des personnes handicapées de la fonction publique.

Le ministère de l'Economie va reprendre 118 millions d'euros consacrés à la formation professionnelle
Le gouvernement va s'attaquer à une troisième caisse d'aide aux chômeurs. Peu connu du grand public, il s'agit du Fonds unique de Péréquation, créé il y a plus de 30 ans par Jacques Chaban Delmas, sous la présidence de Georges Pompidou. Il s'agit d'un fonds qui récupère l'argent non utilisé par les organismes de formation professionnelle afin de le reverser aux demandeurs de congé individuel de formation. L'Etat a décidé arbitrairement de récupérer 118 millions d'euros de ce fonds pour ses propres caisses.

Au final, entre la rallonge de l'UNEDIC (400 millions d'euros), la confiscation par l'Etat d'une partie du fonds d'aide aux handicapés (50 millions d'euros) et la récupération de 118 millions d'euros du fonds d'aide à la formation professionnelle, c'est près de 600 millions d'euros que Bercy s'apprête à récupérer aux chômeurs

Pourquoi ça krache toujours

jeudi 9 octobre 2008, 08:43

Pourquoi ça va plus mal ? Pourquoi passe-t-on d'une crise de confiance à une sorte de crise de défiance ? Pourquoi les Bourses regardent, pétrifiées d'angoisse, la baisse des taux coordonnée des banques centrales comme un effet placebo ? André Orléan, professeur à l'école d'économie de Paris et directeur de recherche au CNRS résume la situation : «On vit une période inversement proportionnelle à la confiance exubérante» qui a poussé les bulles à gonfler et le marché à enfler démesurément. «Là, on assiste à un mimétisme de psychologie baissière que rien ne semble enrayer. C'est une crise systémique d'une gravité extrême, où il est difficile de localiser où et comment intervenir.» Car l'économie a deux ennemis, dit l'économiste Alexandre Delaigue (1) : l'avidité et la peur. Après avoir fricoté avec le premier, la voilà qui plonge dans les bras de la seconde. Et les politiques nagent en plein brouillard. «On a une visibilité de cinq à six heures», confiait-on hier à l'Elysée. Rassurant…


Des gardiens impuissants

La peur s'est infiltrée jusque dans les gardiens du temple de la confiance à tout prix, les banques centrales. Mardi, Ben Bernanke, le patron de la Réserve fédérale américaine a alimenté le pessimisme, en évoquant la nécessité «de réexaminer sa politique monétaire». Son homologue européen, Jean-Claude Trichet, avouait, hier lors d'un forum à Evian, son impuissance : «Nous sommes arrivés à un point […] où nous allons tous faire ce qui est en notre pouvoir.» Rassurant ? Hier, pour tenter de soigner un patient totalement paralysé, six banques centrales (Etats-Unis, Union européenne, Royaume-Uni, Canada, Suède et Suisse) ont tenté une thérapie de choc : une baisse de leur taux d'intérêts d'un demi point. Un mouvement coordonné aussi inattendu qu'exceptionnel. La dernière opération d'urgence, mais de moindre ampleur, remonte à septembre 2001… Objectif : soigner une croissance décroissante en diminuant le coût du crédit. Et, indirectement, répondre à la crise qui paralyse les banques entre elles (lire ci-contre).

«Excellente décision», s'est illico félicité Nicolas Sarkozy. Voilà qui répondrait «parfaitement à la situation, au besoin de liquidités des établissements bancaires», a ajouté le chef de l'Etat. Et au besoin des entreprises comme des collectivités, asphyxiées (lire pages 8 et 9). «Malheureusement, ces baisses de taux sont bien peu de chose dans l'environnement actuel», dit James Knightley, analyste à ING. Et les Bourses ont plongé à l'unisson dans la foulée… «Les banques centrales sont impuissantes car le problème, c'est la peur, note Alexandre Delaigue. Et on n'arrête pas la peur avec des baisses de taux d'intérêt surprise. Cela revient à dire : "Vous avez raison d'avoir peur contrairement à ce que l'on disait…"»

des plans d'urgence en plan ou trop plan-plan

Le plan B des banques centrales, à défaut de rassurer les marchés, montrerait une chose, assure Jean Pisani-Ferry, directeur de Bruegel, un centre de recherche et de débat sur les politiques économiques en Europe. Que «face à la globalisation de la crise, on a un début de globalisation des réponses, dit-il à Libération. Et qu'émerge un début de coordination global plutôt qu'une politique de coup par coup».

Pour l'instant, c'est pourtant ce qui prévaut en Europe. «Nous sommes une union d'Etats et non un Etat unitaire», reconnaît José Manuel Barroso, le président de la Commission (lire page 4). Il y a vacance dans la gouvernance économique. Face à la panique d'un Titanic bancaire, Londres s'est lancé dans une nationalisation partielle - de facto - des premières banques du pays (lire page 6). Et a appelé à un «fonds de secours» européen, torpillé mercredi dernier par l'Allemagne, qui la joue cavalier seul, et flingue les dérives du système capitaliste à l'anglo-saxonne.

Un plan qui pourrait être ranimé dès aujourd'hui face à l'ampleur du désastre… «Le problème, c'est que les banques n'ont plus seulement des problèmes de liquidités, mais aussi de solvabilité», note Alexandre Delaigue. Qu'il faut donc recapitaliser, via l'Etat… A coups de centaines de milliards. Et non pas se contenter de recycler les avoirs pourris des banques. Le FMI l'avoue en partie, qui épingle le plan de sauvetage américain de 700 milliards de dollars. Il faudra un «temps considérable» avant que «les banques soient renflouées et que le marché reprenne confiance», ose-t-il. De la part du Fonds monétaire international, qui, jusqu'au vote du plan par le Congrès, s'était gardé de tout avis, cela a valeur de désaveu. De quoi alimenter, un peu plus, les craintes…

Des prévisions apocalyptiques

Chaque jour, des mots, tabous la veille, sont prononcés à voix haute. Récession. Ou la comparaison avec l'ampleur de la crise de 1929. Hier, le FMI y est allé de son avis, à l'occasion de la publication de ses perspectives. «L'économie mondiale entre dans un tournant majeur, faisant face au choc financier le plus dangereux sur les marchés financiers développés depuis les années 30.» La croissance mondiale, version 2009, a les pieds sur les freins. «Oui, 3 % c'est un chiffre très faible pour la croissance mondiale, et par le passé, cela a été défini comme la limite à une récession mondiale», estime Olivier Blanchard, chef économiste du Fonds monétaire international. Les marchés sont rincés par les sales nouvelles conjoncturelles. Les Etats-Unis ? Ils croyaient avoir la tête hors du sac… Raté. «Le pays est entré en récession et sa croissance économique devrait être de 0,1 % en 2009.» Retour à la normale espéré pour 2010. «D'autres faillites d'institutions financières sont à prévoir», reconnaît hier soir Henry Paulson, le secrétaire au Trésor. Si l'avion-crise mondiale trouve entre-temps des pilotes pour éviter le crash. Car, s'interroge le FMI, «quelle sera l'ampleur de cette baisse ? Quand la reprise aura-t-elle lieu ? Et quelle sera sa force ?» La zone euro, frappée par «des chocs majeurs», fera au mieux un 0,2 % l'an prochain. Comme la France qui a découvert ces prévisions au moment où François Fillon prenait la parole à l'Assemblée (lire page 6) pour tenter de rassurer. Qu'il essaie, ça a plutôt tendance à inquiéter : le gouvernement a bâti son budget 2009 sur un PIB de 1 %….

Des effets d'entraînement

Partout, dans le monde, de l'Asie à l'Amérique latine, en passant par les pétromonarchies du Golfe, ça plonge. Les Bourses, le moral, l'économie. Illustration supplémentaire que la théorie sur le «découplage» des économies a pris l'eau. L'Asie se croyait à l'abri. Voilà le Japon frappé par la crise. Bref, les effets d'entraînement virent à la réaction en chaîne. Un cocktail détonnant, long et difficile à désamorcer. «D'autant que tout le monde, partout sur la planète, cherche à se débarrasser des CDS», rappelle Delaigue. Ces contrats d'assurance contre un risque de faillite, au montant faramineux : 60 000 milliards de dollars… L'aversion au risque provoque la paralysie. Et face au grand brouillard actuel, Etats comme banques centrales avancent avec des veilleuses…

Un égout blindé pour Carla

' );popup.document.close();">Cliquez pour agrandir l'image dimanche 5 octobre 2008, 16:32

L'affaire des égouts rebondit. Il s'agit bien des buses salvatrices qu'il va falloir installer au Cap Nègre, sur la commune du Lavandou, pour évacuer les eaux usées de la très chic villa de Carla. On sait déjà que le 16 août, alors qu'il avait sur le feu un certain nombre d'autres sujets brûlants comme la crise en Géorgie, l'embuscade d'Afghanistan et le barnum des JO de Pékin, Nicolas Sarkozy a trouvé le temps d'assister en personne à la réunion des copropriétaires du Cap Nègre.

C'est-à-dire les représentants de familles pour lesquelles « travailler plus pour gagner plus n'est pas vraiment le problème ». Le projet de « zonage d'assainissement » qui frappe ce secteur huppée traîne depuis cinq ans, mais la commune, face à l'opposition de ces 50 familles qui en valent bien 200, n'arrive pas à relier ces maisons de rêve au tout à l'égout. Le 16 août donc, après avoir fait plier Poutine et foudroyé les Talibans, Nicolas Sarkozy, septique sur la fosse, a emporté un autre succès : obtenir des copropriétaires qu'ils disent « oui » au système d'assainissement moderne. Sur place, le quotidien Var Matin suit cette guerre des eaux usées comme si c'était son Ossétie. Le 19 août, cette fois à la villa des Bruni-Tedeschi, les intéressés se réunissaient autour du préfet, du maire du Lavandou et du directeur départemental de l'Equipement.

Le président de la République ayant laissé entendre qu'une grande partie de cet investissement serait prise en charge par des fonds publics, l'ambiance était meilleure. Puisqu'on ne change pas une équipe qui gagne, le 25 août une nouvelle assemblée réunissait à nouveau les administrés du Cap Nègre, cette fois à l'hôtel de ville où le maire, Gil Bernardini, a présenté un montage financier destiné à pomper d'une seule traite et les eaux usées et l'argent des contribuables.

Mais, et c'est donc que le dossier rebondit, les égouts de Carla devront bénéficier d'un traitement ultra spécial, semblable à ceux de l'Elysée qui sont « hautement sécurisés ». Des fonctionnaires du service sécurité de la DGSE se tiennent prêts à intervenir pour donner la norme et inspecter le chantier. Problème dans le problème, quelques propriétaires, sécuritaires et jaloux, commencent à lever le doigt et à exiger, eux aussi, des égouts inviolables… Décidément, le malheur frappe trop souvent chez les riches.

Sarkozy n'est pas Roosevelt 

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Le président français a mis 10 jours à réagir. Il s'est d'abord contenté d'appels à la concertation internationale, lors de son voyage "bling bling" à New York. Dans ces premiers jours, on aurait dit Herbert Hoover, le président américain de 1929, face à un séisme qui le dépassait. Puis il choisit des accents gauchistes ("les spéculateurs sont méchants."). Ses premières décisions concrètes sont intervenues ensuite cette semaine: le gouvernement français a sauvé Dexia, en injectant 3 milliards d'euros dans la banque aux côtés des Belges. Puis, sans prévenir personne au sein du gouvernement, il a autoritairement décidé de "nationaliser" la construction de 30 000 logements qui peine à démarrer faute d'acquéreurs. Et jeudi, il a fait savoir que 22 milliards d'euros collectés par les livrets A seraient dédiés au soutien des PME.

La France a ainsi choisi une voie différente de ces voisins occidentaux. Plutôt que de sauver son secteur bancaire, le gouvernement a préféré soutenir les industries et les services. Cet interventionnisme étatique fait sourire : les libéraux se cachent, ou découvrent les vertus de la régulation autoritaire. Lionel Jospin a raison d'ironiser: "pourquoi, face à une telle crise, le président Sarkozy n'essaie-t-il pas de convaincre avec un discours « de droite » ? C'est peut-être que les idées « de gauche » ne sont pas si anachroniques !".

Ce brusque revirement de la politique sarkozyste n'est qu'un trompe-l'œil. Sarkozy n'est pas Roosevelt.

Sarkozy n'est pas Roosevelt
Herbert Hoover était président des États-Unis quand la crise de 1929 se déclencha. Républicain et humaniste, il est associé, dans les livres d'histoire, à cette phrase malheureuse : « la prospérité est au bout de chemin », prononcée alors que la Bourse puis l'économie de son pays s'effondraient. Il tenta de réagir, en augmentant l'intervention de l'État, comme par exemple avec la loi de secours d'urgence et de reconstruction, l'accroissement des subventions aux fermiers ou une loi d'aide aux prêts d'acquisition immobilière permettant à tous les citoyens de financer l'achat d'une maison. Aux élections suivantes, Hoover se représenta, mais fut balayé par son adversaire démocrate, Franklin Delanoe Roosevelt, largement élu.

Comme Hoover en son temps, Sarkozy s'est empressé, après une hésitation malheureuse, d'annoncer un plan de soutien à la construction de logements. Comme Hoover en son temps, Sarkozy a aussi ajouté un plan d'urgence en faveur des entreprises, avec ses 22 milliards d'euros pour les PME. Comme Hoover en son temps, Sarkozy a laissé de côté, pour le moment, toute mesure sociale d'envergure, à deux exceptions près : Fillon a promis une revalorisation de la prime de Noël. Et, avant la crise boursière, le gouvernement a lancé la généralisation du Revenu de Solidarité Active. Mais la polémique sur le financement du RSA illustre une tendance de fonds de la politique sarkozyste : les classes moyennes sont délaissées.

Et la crise actuelle ne semble rien changer à la politique gouvernementale.Le pouvoir d'achat a bel et bien disparu du vocable sarkozyste. Le projet de budget 2009 adopté par le Conseil des Ministres il y a 8 jours prouve qu'aucun "New Deal à la Française" n'est en préparation: aucune mesure sociale, des déficits qui se creusent sans que les cadeaux aux plus riches ne soient remis en cause. Lundi, la sanction est tombée : + 41 300 chômeurs en août. Merci qui ? Les porte-flingues du Président ont tenté de faire croire que c'était à cause de la crise boursière de septembre.

Bien tenté.

Les Français entrent donc en récession sans filet : les chômeurs verront leurs indemnités réduites voire supprimées passées deux offres « raisonnables » d'emploi refusées ; l'assurance maladie rembourse moins bien.

Sarkozy a été débordé
Pire, on pourrait juger que Nicolas Sarkozy est partiellement responsable de la débandade européenne: Jeudi 2 octobre, le premier ministre irlandais Brian Cowen a fait adopter un plan de sauvetage bancaire totalement grotesque : l'État irlandais va désormais garantir les dépôts dans ses 6 banques nationales à hauteur de 400 milliards d'euros, soit deux fois le PIB du pays.

Depuis des décennies, un "machin", comme dirait le Général de Gaulle, nous gouverne. Mais ce "machin" n'existe pas encore suffisamment politiquement pour nous sauver. Ce "machin" s'appelle l'Europe. Il peut se montrer en Géorgie ou au Liban. Mais il est incapable de faire face à un séisme mondial. Ce sont encore et toujours les Etats qui sauvent leurs banques (FORTIS, DEXIA, les banques irlandaises). Ils sont même capables de se concerter rapidement pour cela (pour preuve, le sauvetage de FORTIS en un week-end, puis de DEXIA en 48 heures). Mais l'Europe politique a implosé... sous la présidence française de Nicolas Sarkozy. Cette semaine, le monarque français a été débordé, et il en est partiellement responsable: il a en effet tiré le premier.

Tous les experts vous le diront. En France, comme chez nos voisins italiens ou allemands, nos banques de dépôts sont encadrées. Leurs difficultés commencent si les petits épargnants que nous sommes cèdent à la panique et se précipitent pour retirer leurs économies. Les faillites américaines ou les inquiétudes irlandaises proviennent d'un manque de régulation: investissements hasardeux en Bourse, fonds propres insuffisants, transparence inexistante. Il y a 10 jours à Toulon, Nicolas Sarkozy a été le premier chef d'État européen à déclarer qu'il garantirait tous les dépôts des particuliers. En Italie, Silvio Berlusconi a suivi : " je n'accepterai pas que les Italiens perdent ne serait-ce qu'un euro sur leur compte." Comment reprocher à l'Irlande de suivre la même voie ? Henri Guaino a achevé la crédibilité française: il a déclaré jeudi que les critères de Maastricht ne sont plus valables dans une telle période de crise. Sarkozy peut jouer au Monopoly avec notre argent, ... sans plafond. La banque a sauté !

Sarkozy a été humilié
Le président français avait pourtant reçu mercredi le premier ministre irlandais Brian Cowen. Le lendemain, ce dernier provoquait donc la stupéfaction générale des marchés et des gouvernements voisins avec son plan de sauvetage bancaire. Sarkozy et Cowen s'en sont-ils parlés la veille ? Au mieux, Sarkozy s'est tu, et passe pour un trouillard. Au pire, Cowen ne lui a rien dit, et Sarkozy passe pour un Guignol. A vous de choisir. Le même mercredi fatidique, la chancellière allemande a mouché son homologue français en lui refusant son plan de sauvetage bancaire européen de 300 milliards d'euros.

Vendredi, à Bercy, le nom du Président a été copieusement hué par l'assistance. 12 000 apprentis européens étaient présents. On ne sait pas si les cris et sifflements venaient des apprentis français ou de leurs camarades italiens, allemands ou anglais.

Quoiqu'il en soit, apprenant la nouvelle, le président ne s'est pas montré.

Une preuve de courage. 

La crise bancaire va-t-elle avoir des conséquences pour les petits épargnants ?

' );popup.document.close();">Cliquez pour agrandir l'image mardi 30 septembre 2008, 21:16

L'actualité économique est en train de tout balayer sur son passage. La crise financière mondiale est partout à la Une de la presse. L'Elysée a fait savoir que le président de la République a tenu une première réunion... à 5h du matin ! Et à 10h30, il a reçu les directeurs des principaux établissements bancaires. Face à la crise, l'hyper activisme de l'hyper-président atteint son paroxysme. D'ici la fin de la semaine, le gouvernement annoncera des mesures pour consolider le système bancaire français. La panique des marchés financiers peut-elle entraîner la faillite de banques françaises ? Quelles peuvent être les conséquences pour les particuliers ?

Les banques françaises sont aussi touchées par la crise financière...
Dans un monde globalisé, toutes les économies sont liées. Quand une banque américaine fait faillite, les banques françaises, qui ont des contrats avec elle, sont forcément touchées. Quand la bourse de Wall Street chute, elle entraîne avec elle les bourses européennes. Les banques françaises ont donc été touchées, elles ont perdu plusieurs milliards d'euros avec la crise des subprimes en 2007. Aujourd'hui, deux banques sont particulièrement exposées : la banque d'affaires franco-belge Dexia (spécialisée dans le financement des équipements collectifs) et la banque d'investissement Natixis (dont les principaux actionnaires sont les Banques populaires et les Caisses d'épargne).
Ces deux banques sont plus exposées que les autres car elles ont davantage acheté de titres toxiques, type subprime. Les marchés financiers se méfient donc de ces banques. Aujourd'hui, à l'ouverture de la bourse de Paris, Dexia a perdu près de 30% de sa valeur. La France et la Belgique ont décidé d'investir près de 6 milliards d'euros pour lui venir en aide car le risque permanent est la perte de confiance des investisseurs. Lorsque la confiance n'est plus, tout devient irrationnel, les investisseurs vendent massivement leur titre, provoquant ainsi la chute de la banque.

... mais elles sont plus solides que les banques américaines
Malgré le pessimisme ambiant, les banques françaises sont plus solides que les banques américaines. Aux Etats-Unis, certaines banques se sont spécialisées dans les montages financiers complexes, type subprime : on permet à des particuliers qui n'ont pas forcément beaucoup de capitaux d'emprunter beaucoup. Les banques ont donc fait rapidement des bénéfices avec ces titres, à condition que le système ne s'effondre pas, que les particuliers puissent rembourser leurs emprunts et que les biens immobiliers placés en garantie conservent leur valeur (sur la crise des subprime, lire notre article "Crise financière de l'été 2007").
Les banques françaises ont très peu touché à ces placements à risques provenant des Etats-Unis et le système de crédit en France est beaucoup plus contrôlé. Un crédit n'est accordé qu'en fonction de la capacité de remboursement des emprunteurs (salaires). C'est donc beaucoup moins risqué. En outre, les banques françaises ont diversifié leurs activités, en maintenant leur fonction de banque de dépôt classique (livrets A, B, et autres dérivés) alors que certaines banques américaines ont abandonné cette activité pour se consacrer à des placements à risques. Tout ceci explique que les banques françaises sont plus protégées. Ainsi, le Crédit agricole, BNP-Paribas et la Société générale ont respectivement dégagé un bénéfice net de 968, 3 486 et 1 740 millions d'euros au premier semestre 2008.

Le principal risque pour les banques françaises est le manque de liquidités
Finalement, le principal risque pour les banques françaises est le manque de liquidité. Dans le système bancaire mondial, les banques se prêtent beaucoup de capitaux entre elles, en fonction de leurs liquidités. C'est ce qu'on appelle le système interbancaire (pour comprendre comment fonctionnent les banques, voir notre article sur "les causes de la crise financière mondiale"). Si les banques ne se prêtent plus de liquidités, le système est paralysée et certaines, à cours de fonds, pourraient se retrouver rapidement asphyxier.
La banque centrale européenne veille donc à fluidifier le système en "injectant" des liquidités, c'est-à-dire en permettant à des banques de se procurer du liquide à faible coût. La BCE a déjà injecté 480 milliards d'euros de liquidités ces dernières semaines. Mais cela ne suffit pas. Car les banques qui ont trop de liquidités refusent de les prêter aux autres banques, n'ayant pas confiance en elles. Plus aucune banque ne veut prêter des fonds car en cas de faillite de l'une d'entre elle, la banque prêteuse perd tout. Mais là encore, la plupart des banques françaises disposent d'un fonds suffisant pour faire face, à l'exception de banques d'affaires plus exposées comme Dexia ou Natixis.

Les épargnants sont protégés à hauteur de 70 000 euros
Alors quelles conséquences pour les particuliers ? D'abord, les crédits sont plus difficiles à obtenir. En cette période de crise, les banques ont durci les conditions d'obtention d'un crédit pour acquérir un bien immobilier notamment. Deuxième conséquence, positive cette fois, les prix de l'immobilier devraient continuer à baisser : puisque les crédits sont plus difficiles à obtenir, il y a moins d'acheteur potentiel. Et si la demande est moins importante que l'offre, les prix vont continuer de baisser.
Enfin, si malgré la solidité du système bancaire français certaines banques venaient à faire faillite, les particuliers sont protégés par un fonds de garantie des dépôts, créé par la loi de 1999, et destiné à couvrir les dépôts en cas de faillite de la banque. Ce fonds de garantie couvre les dépôts à hauteur de 70 000 euros par déposant. Autrement dit, en France, votre dépôt est couvert jusqu'à 70 000 euros en cas de faillite, dispositif qui n'existe pas aux Etats-Unis.

Même si la France n'est pas à l'abri, le système bancaire national reste plus protégé que les autres. Toutefois, le caractère irrationnel de la crise financière mondiale empêche toute prospective réaliste. Des faillites en cascade pourraient faire effondrer tout le système. Mais avant d'en arriver à cette extrémité, les Etats vont prendre leur responsabilité, à commencer par les Etats-Unis. Si le plan de sauvetage du système bancaire américain a été rejeté en début de semaine, un autre plan devrait être adopté dans quelques jours.

Quelles sont les causes de la crise financière mondiale ?

' );popup.document.close();">Cliquez pour agrandir l'image dimanche 28 septembre 2008, 10:32

Faillites bancaires, des milliards de dollars envolés, une croissance mondiale en berne, des gouvernements impuissants. Le capitalisme financier est en crise. Nicolas Sarkozy a expliqué cette semaine que c'était "la fin d'un monde" sans esquisser des pistes de sortie de crise. Les médias alignent en boucle les chiffres de la crise, les chutes des valeurs boursières, les pertes colossales de certaines banques, sans nécessairement expliquer réellement ce qui est en train de se passer en des termes simples. Mais quelles sont les causes de la crise financière mondiale ?Mode d'emploi simplifié de la crise financière mondiale en 6 étapes.

Etape 1 : La crise financière part des Etats-Unis en août 2007
La crise débute à l'été 2007 à cause des "subprimes", des prêts hypothécaires consentis à la classe moyenne américaine. En temps normal, un particulier qui souhaite acquérir un appartement peut emprunter en fonction de son salaire et de sa capacité à rembourser. Inconvénient du système : l'emprunt est proportionnel au salaire. Si vous ne gagnez pas beaucoup, vous ne pouvez pas emprunter beaucoup, donc vous ne pouvez pas acheter.
Les Américains ont donc créé des subprimes : vous empruntez ce que vous voulez (même si le salaire n'est pas très élevé) mais c'est la maison qui est en garantie. En clair, si vous ne pouvez pas rembourser, la banque récupère la maison et la vend. Mais quand les prix de l'immobilier baissent, les banques paniquent ! Cas de figure classique : un emprunteur ne rembourse plus, la banque décide donc de vendre sa maison et de tout récupérer. Mais comme les prix de l'immobilier ont baissé, la banque perd de l'argent sur la vente. C'est la crise des subprimes : certaines banques qui avaient eu trop recours à ce type de prêt se sont retrouvés dans une situation financière critique. Et plus de 2 millions de personnes se retrouvent ruinées aux Etats-Unis, faute de pouvoir rembourser les emprunts.

Etape 2 : Toutes les banques sont touchées à cause de la titrisation
Pour tenter de limiter les risques de ces crédits d'un nouveau genre, les banquiers ont eu recours à la titrisation. Ils ont transformé ces emprunts en titre sur les marchés boursiers. Concrètement, si un particulier emprunte 1000 euros, il doit en rembourser 1200 euros à la banque avec les intérêts. Pour gagner plus rapidement de l'argent, les banques ont émis des titres de dette, c'est-à-dire un papier donnant droit à ces 1200 euros. Ces titres de dette se sont échangés sur les places boursières.
Quel est l'intérêt pour les acheteurs de ces titres ? Si l'acquéreur achète son titre à 1100 euros, il sait qu'il a la garantie de recevoir 1200 euros. Or, à partir du moment où celui qui doit rembourser l'emprunt pour l'achat de sa maison ne peut plus payer, le titre n'a plus aucune valeur. Ce sont ces montages financiers complexes qui expliquent la chute de la bourse car toutes les banques étrangères, notamment européennes, se sont aperçues qu'elles possédaient des titres de subprime qui ne valaient plus rien. Tout le monde en avait mais personne ne savait vraiment combien.

Etape 3 : Les banques se méfient et ne se prêtent plus d'argent
Dans un premier temps, les banques étrangères se sont voulues rassurantes. En France, le directeur de la BNP a d'abord affirmé que la banque n'avait pas procédé à des placements risqués de ce type. Mais quelques jours plus tard, après analyse, la BNP réalise qu'elle possède des subprimes. Le jeudi 9 Août 2007, la BNP décide de geler la cotation de 3 fonds d'investissement. La panique gagne alors les marchés car plus personne ne se sent à l'abri. A partir de là, les banques vont se méfier les unes des autres et ne plus vouloir se prêter de l'argent entre elles. Cette crise de confiance des marchés interbancaires va entraîner la faillite de certaines banques, malgré l'injection de milliards de dollars de la réserve fédérale américaine. Vous n'avez rien compris ? Passez à l'étape suivante.

Etape 4 : Faute de liquidités, certaines banques sont asphyxiées dès 2007
Pour comprendre comment les banques ont fait faillite dès 2007, il faut expliquer comment fonctionne le système bancaire. Quand vous empruntez 100 000 euros à la Société Générale, celle-ci augmente la masse monétaire de 100 000 euros. Elle crée donc 100 000 euros. Mais pour éviter que la machine à billet ne s'emballe (créer de la monnaie sans contrôle), la Société Générale doit déposer une partie de la somme créée sur un compte de la Banque Centrale Européenne. C'est ce qu'on appelle les "réserves obligatoires". Si le taux de réserves obligatoires est de 1%, la société Générale doit donc déposer sur le compte de la Banque Centrale Européenne 1 000 euros. Ce système là permet à la banque centrale européenne de contrôler la création de monnaie.
Souvent les banques n'ont pas les liquidités nécessaires pour accorder des crédits (le flux entre l'argent déposé par des épargnants et l'argent prêté aux autres n'est jamais équilibré à l'instant T). Elles empruntent donc de l'argent à une autre banque pour pouvoir verser la "réserve obligatoire" à la BCE afin de pouvoir accorder le crédit au client. C'est une pratique courante : les banques se soutiennent et se prêtent de l'argent entre elles. Mais quand il y a une crise de confiance, c'est tout le système qui s'enraye. Pour éviter un effondrement général et des faillites en cascade, la banque centrale "injecte" des milliards, c'est-à-dire qu'elle permet aux banques de récupérer des liquidités à très faible coût.
Malgré cela, certaines banques se sont retrouvées asphyxiées très rapidement : elles ont perdu des sommes colossales avec les subprimes, et elles n'ont pas réussi à poursuivre leur activité de crédit car les autres banques, méfiantes, ont refusé de leur prêter des liquidités pour faire face. De nombreuses banques se sont donc retrouvées dans des situations difficiles : en Grande Bretagne, la Northern Rock a dû être nationalisée, sous peine de disparaître.

Etape 5 : La panique gagne les marchés financiers en 2008
La plupart des économistes pensaient que le gros de la crise était passé début 2008. Une fois que la crise des subprimes est bien identifiée, que les banques ont revendu ces titres à risques, la crise financière était sur le point de se terminer après un dernier soubresaut fin 2007. Mais la crise est repartie de plus belle en février 2008 quand les banques ont arrêté leurs comptes annuels. Les pertes se sont avérées plus importantes que prévu : entre la chute de l'immobilier, la crise des subprimes, les soubresauts de la bourse qui ont fait chuter les cours, les pertes d'actifs se sont montées à plusieurs dizaines de milliards de dollars pour certaines banques. C'est le cas de Citibank, qui était la première banque mondiale jusqu'à cette crise.
Dès lors, la crise financière qui était d'abord une crise bancaire va se transformer en krach boursier. A chaque mauvaise nouvelle ou publication des comptes d'une banque, le titre de la banque chute sur les marchés financiers. Les banques ont alors des pertes colossales, et comme en 2007, peinent à trouver des liquidités. Vue la situation de crise, comme en 2007, les banques ne se font plus confiance et le marché interbancaire se grippe. Certains établissements de crédit ont donc vu leur valeur boursière chuté en quelques semaines. Par exemple, AIG (numéro 1 de l'Assurance) a perdu 45% de sa valeur en une semaine et 79% sur un an. Lehman Brothers, la quatrième banque d'affaires de Wall Street, a perdu 45% de sa valeur en une seule journée et 94% sur un an. Jamais des chutes aussi vertigineuses n'avaient été constatées depuis la crise de 1929.

Etape 6 : Tentative de sauvetage à coût de centaines de milliards
Face à ce qui s'apparente à une banqueroute généralisée, les banques centrales et les Etats tentent de venir en aide à tous les établissements les plus fragiles pour éviter des faillites qui auraient des conséquences très importantes sur l'économie réelle. Trois sorties de crise sont exploitées :
1. Les banques centrales injectent de nouveau des liquidités pour que ces banques puissent emprunter. Mais cette solution a des limites : la création monétaire doit être fortement encadrée sinon, il y a un risque très élevé d'inflation. Les prix pourraient s'envoler et accélérer ainsi la propagation de la crise dans l'économie réelle.
2. Les banques centrales volent au secours de certaines banques en récupérant à leur compte les titres dépréciés, comme les subprimes. C'est ce qu'a fait la banque centrale américaine en mars pour sauver la banque d'investissement Bear Stearns. La banque centrale américaine a récupéré 29 milliards d'actifs toxiques (dépréciés et peu surs) et facilité la reprise de Bear Stearns par une autre banque JP Morgan. Là encore, cette solution a des limites. La banque centrale américaine ne peut effacer d'un seul coût des milliards de perte pour chaque banque en difficulté.
3. Le gouvernement américain tente de sauver certains établissements pour éviter un effondrement de tout le système bancaire. Par exemple, Freddie Mac et Fannie Mae, deux géants américains du crédit hypothécaire, ont été placés sous la tutelle du gouvernement. Le trésor américain va dépenser 200 milliards de dollars pour sauver ces deux établissements. Seulement, le gouvernement américain ne peut sauver toutes les banques en difficulté : d'abord parce que cela coûte des milliards de dollars aux contribuables, et ensuite parce que cela donnerait de très mauvais signes aux marchés financiers, qui auraient l'impression de bénéficier d'une certaine impunité. A quoi bon assainir le système si les Etats sont prêts à aider toute le monde à coût de plusieurs centaines de milliards de dollars ? Voilà pourquoi le Trésor américain a refusé de voler au secours de la banque Lehman Brothers, qui a donc fait faillite.

Et maintenant ? De nombreuses banques sont dans des situations difficiles. Le gouvernement américain tente de convaincre le congrès de voter un plan de sauvetage de 700 milliards de dollars. Les marchés financiers sont toujours aussi volatiles, la confiance n'est pas revenue. Tout ceci va avoir des conséquences sur l'économie réelle en France et en Europe : les banques vont durcir les conditions de crédit pour les particuliers (les prêts immobiliers sont plus difficiles à obtenir) et pour les entreprises (les investissements vont se ralentir). Le capitalisme financier connaît donc l'une des plus graves crises depuis le krach boursier de 1929.
Cette crise frappe par sa rapidité et son enchaînement : la crise immobilière américaine s'est transformée en crise financière et bancaire, elle-même entraînant une crise économique mondiale avec des risques de récession aux Etats-Unis, en Europe et partout ailleurs. Signe que la crise est sérieuse, la croissance française ne devrait être que de 1% en 2008, et les chiffres du chômage sont très mauvais au mois d'août : il y aurait entre 30 000 et 40 000 demandeurs d'emploi en plus. Il faut remonter à 1993 pour trouver une hausse aussi brutale du taux de chômage en France.

« La police, des gens expulsés et une gare, ça ne rappelle rien ? »

' );popup.document.close();">Cliquez pour agrandir l'image mercredi 24 septembre 2008, 15:20

José Vieira est auteur de documentaires. La semaine dernière, il a proposé à Rue89 de raconter l'expulsion de Roms à laquelle il a assisté en gare de Massy-Palaiseau (dans l'Essonne, banlieue sud de Paris), le 17 septembre. Voici son récit
L'expulsion des Roms qui habitaient sur le parking de la gare de Massy-Palaiseau était prévue pour le 16 septembre. La préfecture, pudique, a-t-elle voulu attendre la fin du premier sommet européen sur les Roms pour déclencher son opération  ? Toujours est-il que l'expulsion a lieu le lendemain, le 17 septembre 2008.

Le commandant de la police de Palaiseau avait annoncé aux Roms qui manifestaient le 15 septembre devant la sous-préfecture que le lendemain il les mettraient dans le train. « Pour aller où  ?  », lui demandaient les habitants du parking. L'officier de police leur rétorqua que cette question n'était pas de son ressort. Les ordres étaient formels, il devait les faire déguerpir du secteur. « Pour aller où  ?  », insistaient les Roms. A Bobigny, leur proposa le commandant, comme s'il faisait un bon mot.

Déjà des baraques rasées au bulldozer

Le 17 septembre, la police a encerclé le camp. La préfecture avait envoyé des agents de la DASS chargés de recenser ceux qui pouvaient prétendre à un hébergement d'urgence. La DASS, qui n'avait jamais mis le pied par ici pour s'inquiéter de la situation sanitaire, improvisa et cafouilla.

Quelques familles, avec des femmes enceintes et des enfant de moins d'un an, furent hébergés pour quelques jours. Dans une semaine, ils iront rejoindre d'autres camps déjà formés. En attendant, un minicar les amène par petits groupes à la maison des solidarités de Palaiseau, qui jusqu'ici a refusé d'écouter une quelconque doléance concernant les habitants du parking de la gare RER.

Les familles qui n'avaient pas d'hébergement, de loin les plus nombreuses, étaient retenues au bout du parking, encerclées par les CRS et les policiers. Sur le parking, le bulldozer avait déjà rasé les quelques baraques qui avaient été construites récemment et commencé à nettoyer le terrain. Les CRS formaient maintenant un cordon jusqu'à la passerelle de la gare de Massy-Palaiseau.


« A la gare », cria le commandant de police. Les habitants du parking, chargés de sacs et de valises, se mirent lentement en route. Des enfants criaient, des hommes chantaient. Au pied de la passerelle, avant d'entrer dans la gare, il y a eu un arrêt. Un refus d'avancer. Des hommes criaient leur indignation d'être ainsi traités, humiliés. Je me souviens que j'ai dit à un CRS  :

« Des policiers, des gens avec des valises et une gare, ça vous rappelle rien  ?  »

« A la gare », répétait inlassablement le commandant de police. Puisque deux familles devaient être prises en charge à Corbeil par le 115 et qu'une majorité d'habitants du parking avait décidé de s'y rendre pour tenter d'être hébergés, le commandant en profita pour obliger les Tziganes à prendre le train pour Corbeil-Essonnes et ainsi à déguerpir du coin. Tout le monde se retrouva sur le quai du RER C à destination de Corbeil, via Juvisy.

Sur le quai, avec, en fond, cette passerelle en travaux qui ressemble étrangement à un mirador, les images étaient chargée de symboles (les Tsiganes ont été exterminés par les Nazis. L'Etat français, qui a reconnu sa responsabilité dans la Shoah, continue de l'éluder pour ce qui est du Samudaripen, le génocide des Tsiganes.).

Des femmes donnant le sein à leur bébé, assises sur des valises, des enfants qui n'avaient que les sacs et les baluchons pour jouer, des familles entières sur un quai de gare encerclées par la police qui les obligea à monter dans un train. Le RER qui rentra en gare était bleu, blanc, rouge et assorti aux uniformes des policiers qui veillaient à ce que personne ne rate le train.

Le convoi partit de la gare RER C de Massy Palaiseau. A la première station, à Longjumeau, des gens ont voulu descendre du train. Aussitôt, des policiers, ont sauté du train pour les en empêcher. A la correspondance de Juvisy, un groupe qui avait réussi à sortir de la gare a été rattrapé, empêché de monter dans un bus et remis dans le train pour Corbeil.

Une soixantaine d'hommes, de femmes et d'enfants, chargés de sacs et de valises, encadrés par des policiers et guidés par des agents de la SNCF, en plein jour, cela n'émouvait pas grand monde. L'illégalité était là, évidente. Plusieurs fois, je l'ai dit à des policiers ou à des agents de la SNCF. Je l'ai dit à des policiers qui patrouillaient dans le train et qui disaient n'avoir rien à voir avec l'opération.

Ils m'ont dit que j'avais raison, que c'était illégal, qu'ils ne voulaient pas être filmés et ils ont fermé la porte du wagon. Je l'ai signalé à un agent zélé de la SNCF qui m'a dit qu'il rendait service. Je lui ai répété qu'il participait à une opération illégale, il m'a dit qu'il obéissait aux ordres.

Tout le monde disait obéir aux ordres. Les policiers, les agents de la SNCF. Les ordres venaient, paraît-il, de la préfecture. La police qui avait ordre d'expulser avait-elle ordre d'obliger les Roms à prendre le train  ? Depuis quand la SNCF offre-t-elle ses trains et le service de ses agents aux forces de l'ordre  ? Jusqu'où cette collaboration est-elle légale  ?

Aucune question, aucune compassion

J'ai vu une jeune journaliste qui travaille pour un quotidien voir ce que j'ai vu au départ de la gare de Massy Palaiseau et ne rien dire dans son article sur l'ignominie à laquelle elle a assisté.

A part quelques rares passants, je n'ai entendu aucune question, aucune compassion. Pas un cri de solidarité. J'ai vu des regards hostiles mais surtout la plupart des voyageurs ne semblent pas touchés par ces images. Les Roms de Roumanie sont les étrangers de tout le monde. Les regards se détournent. Les voyageurs qui descendent s'empressent de descendre, ceux qui montent évitent les wagons où s'entassent les Tziganes.

les trois prévues a pu obtenir un hébergement. Pour les autres, rien. La mairie de Corbeil a envoyé un camion avec trois employés municipaux. Ils ont déchargé des barrières de protection et puis s'en sont allés. La police est passée, le gradé a déclaré « tout est plein dans le coin » et, ne constatant pas de trouble à l'ordre public, s'en est allé. La police municipale de Corbeil, après avoir escorté le cortège de la gare à la Croix-Rouge, observa la situation puis d'en alla.

Deux types, avec un look très passe-partout, se présentant d'emblée comme deux agents des Renseignement généraux (j'ai pas retenu le nouveau nom du service), ont vite vu qu'il n'y avait pas grand chose à pêcher et s'en allèrent. La Croix-Rouge a offert une espèce de repas…

Un premier groupe se mit en route vers la gare. Une heure plus tard, le dernier groupe qui quitta les lieux -malgré l'assurance de la police qui annonça qu'ils pouvaient s'installer dans le secteur pour la nuit- fut empêché de descendre à toutes les gares jusqu'à la gare du Nord, ultime destination où ils ont enfin pu dormir, dehors, allongés sur les tentes qu'ils ne pouvaient pas déployer pour la nuit…

Le voyage à New York

' );popup.document.close();">Cliquez pour agrandir l'image mardii 23 septembre 2008, 10:37

Offensif, classique et prudent. A la tribune de l'assemblée générale des Nations Unis, ce mardi 23 septembre, les présidents se sont suivis sans tout à fait se ressembler. Trois tons et trois présidents -Lula, Bush et Sarkozy- pour un même exercice de style sur une figure quasi imposée: réagir à la crise financière.

Vu depuis la délégation française, le meilleur orateur de la matinée était, évidemment... "Nicolas". "Heureusement qu'il est passé après Bush, dont le discours était d'une platitude totale", entend-on ici. "Lula était pas mal tout de même", concède-t-on là. "Le président", lui, s'est exprimé avec "force, conviction et clarté".

L'Elysée avait prévenu la veille que le président ne parlerait pas pour la France "mais pour 27 pays". La teneur de son discours à l'Onu, dans lequel il propose l'organisation d'un sommet international en novembre afin de réfléchir aux leçons de la crise financière actuelle, avait donc été transmise en amont aux 26 autres présidents européens.

Son discours prononcé, Nicolas Sarkozy a tenu une conférence de presse dans l'une des salles de réunion de l'ONU, pleine à craquer de journalistes, principalement étrangers, pressés de l'interroger sur les questions de diplomatie internationale (Géorgie, Darfour, Iran...). Avides aussi de saisir un regard de Carla Bruni, assise dans la salle, au premier rang, entre Rama Yade et Xavier Darcos, ravissante en tailleur bleu et chignon banane, tournant parfois son fin profil vers les photographes et déclenchant des crépitements de flashs assourdissants.

Interrogé sur la possibilité d'interdire les parachutes dorés, ces primes qui amortissent la chute des grands patrons déchus, Nicolas Sarkozy a sobrement répondu "Oui". Oui, quoi ? La réponse ne satisfait pas la salle. "Il va annoncer jeudi une loi sur la suppression des parachutes, j'en mets ma main au feu", s'anime une journaliste.

A New-York, on est en effet déjà tourné vers Toulon, où le président prononcera jeudi un discours très attendu sur sa politique économique. Après la matinée à l'ONU, il devait consacrer la majeure partie de son après-midi à la préparation de son allocution.

Mais avant de rentrer en France, dans l'avion présidentiel, Nicolas Sarkozy et son épouse se sont rendus à une cérémonie organisée au Waldorf Astoria par la fondation Appeal of conscience, une ONG qui réunit des hommes d'affaires et des responsables religieux afin de promouvoir la paix. En présence de Serge Dassault et de Michael Bloomberg, le maire de New-York, le président français a reçu un prix.

La veille déjà, à l'hôtel Cipriani, le couple Sarkozy avait assisté à une réception initiée par la Fondation Elie Wiesel pour l'humanité et dîné à la même table que Michael Douglas et son épouse Catherine Zeta-Jones. Les convives avaient dû payer entre 1 500 et 100 000 dollars pour assister au gala. Un peu cher tout de même, pour déguster un plat de saumon -l'entrée a été sautée pour des questions de timing- et un dessert glacé... Mais les riches et bonnes âmes new-yorkaises ne sont guère regardantes sur le contenu de leur assiette. Surtout lorsqu'elles ont un couple présidentiel à leur table.

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Mort des soldats français en Afghanistan : le rapport qui accable

' );popup.document.close();">Cliquez pour agrandir l'image dimanche 21 septembre 2008, 10:13

Les talibans ont pu mener une embuscade meurtrière contre des parachutistes français, le 18 août en Afghanistan, grâce à un équipement et une préparation bien supérieurs à ceux de leurs adversaires, révèle un rapport de l'OTAN cité, samedi 20 septembre, par le quotidien canadien Globe and Mail. L'unité de soldats français, tombée dans l'embuscade, n'avait pas suffisamment de balles ni d'équipement de communication, affirme le journal, citant un document "secret" de l'OTAN.

Elle a été obligée d'abandonner le combat lorsqu'elle s'est retrouvée sans munitions après seulement 90 minutes d'engagement, poursuit le quotidien canadien, alors que les affrontements auraient duré près de deux jours. Elle n'avait qu'une seule radio, qui s'est trouvée rapidement hors service, empêchant ainsi les soldats d'appeler leurs camarades au secours, les obligeant à patienter de longues heures avant l'arrivée de renforts.selon le rapport cité. "Ceci est probablement dû au fait que la section française ne disposait que d'une radio", peut-on lire dans des extraits du rapport de l'OTAN, qui précise que l'appareil est tombé en panne peu après le début des combats. The Globe and Mail indique par ailleurs que les soldats ont été tués "lors de combats rapprochés", accréditant ainsi la thèse de l'arrivée tardive des renforts.

INSURGÉS BIEN PRÉPARÉS ET SOUTENUS


Au contraire, les insurgés, eux, étaient extrêmement bien préparés, accompagnés de tireurs d'élite, entraînés aux techniques de guérilla et équipés en balles incendiaires, souligne-t-il. "La précision de l'ennemi était très bonne", note le rapport. Selon différentes informations, non confirmées, ce groupe d'insurgés n'était pas uniquement composé de talibans afghans, mais semblait avoir reçu l'aide d'autres rebelles, et notamment d'extrémistes venus du Pakistan, selon le général canadien Richard Blanchette, un porte-parole de l'ISAF. "Le fait qu'ils sont en possession de davantage d'armes sophistiquées est peut-être signe d'une connexion avec des gens de l'extérieur", a expliqué le général Blanchette au Globe and Mail.

L'enquête de l'OTAN avance deux hypothèses qui expliqueraient les circonstances de l'embuscade. "Soit les forces de l'ISAF ont pénêtré dans un village truffé d'insurpassable. Et dans ce cas, les taliban se sont retirés vers des positions défensives à l'approche de l'ISAF, avant d'exécuter un plan soigneusement préparé." "Soit les insurgés ont obtenu des renseignements sur l'itinéraire et la destination" des soldats, peut-on lire dans The Globe and Mail. 


Le document de l'OTAN pointe par ailleurs le rôle des forces afghanes dans la tournure des événements, qui se sont enfuies à pied, peu après le début des combats, "laissant sur place leur équipement militaire, en proie à l'ennemi". 


Le ministère français de la défense s'est gardé de détailler les circonstances de l'embuscade meurtrière. Paris-Match avait publié dans son numéro du 4 septembre un reportage dans lequel le commando qui a tué dix soldats français promet le même sort à l'ensemble des troupes françaises déployées en Afghanistan et pose, avec des uniformes et des armes pris aux Français.

Samedi, plusieurs milliers de personnes ont défilé à Paris et Lyonpour dénoncer la présence de troupes françaises en Afghanistan. Cette manifestation survenait à deux jours du débat prévu lundi à l'Assemblée nationale sur ce sujet. Selon un sondage BVA pour Orange et L'Express rendu public mardi, les Français sont à 62% opposés au maintien des soldats en Afghanistan

Un Président impuissant donc agité 

' );popup.document.close();">Cliquez pour agrandir l'image dimanche 21 septembre 2008, 09:54

Nicolas Sarkozy s'obstine à éviter la réalité.Il parle laïcité, quand EDVIGE mobilise; il parle otages, santé, ou handisport mais pas de l'effondrement de la Bourse. Jour après jour, heure après heure, le président français cherche la parade. Son rêve de croissance s'éloigne, son volontarisme échoue. Le monarque avait calé un grand discours, salle réservée et cotillons pour le 25 septembre à Toulon. Son banquier sera-t-il encore là pour payer les petits fours de la soirée ?

Le Président impuissant
La bourse s'effondre, et Sarkozy masque. A l'instar de John McCain, le candidat républicain à l'élection présidentielle américaine, il n'y connaît pas grand chose à la finance mondiale, à l'exception des signes extérieurs de richesses qu'elle peut procurer dans les belles années. Quand une banque d'affaires créée il y a 158 ans disparaît en un week-end avec ces 700 milliards de dollars d'actifs, il ne dit mot. Quand le premier assureur mondial manque de disparaître, sauvé par le gong d'une nationalisation sans précédent par l'Etat fédéral américain, il ne dit rien. Quand les Bourses américaine, asiatiques et européennes continuent de chuter, il ne dit toujours rien.

Mardi, au plus fort de la crise, il préfère jouer à Jack Bauer ("24H Chrono") depuis son bureau, et se mettre en scène devant les caméras. Un journaliste lui demande: "et la faillite de LEHMAN BROTHERS ?" Sourire crispé, Sarkozy rétorque à voix basse: "On a eu une petite nuit, et il faut être très reposé pour affronter la crise financière internationale . J'aurais l'occasion de m'exprimer sur le sujet dans les jours et les semaines qui viennent." Son homologue américain n'a heureusement pas attendu 15 jours pour se reposer. Bush a annoncé vendredi la mise sous tutelle des banques américaines, après avoir accepté de nationaliser (pour 70 milliards de dollars) l'assureur AIG. Samedi, il présentait les détails de son plan de sauvetage.

Sarkozy aurait pu parler de sa préoccupation, annoncer des mesures de soutien aux PME et aux ménages qui risquent de pâtir d'un resserrement général des conditions de crédit dans les mois à venir. Il aurait pu dire qu'il allait aider les banques françaises à nettoyer leurs bilans, comme le Trésor américain s'apprête à le négocier aux Etats-Unis.

Sarkozy aurait pu dire quelque chose sur la plus grave crise boursière depuis 1929. Il nous laisse Christine Lagarde expliquer que les banques françaises sont saines. 9 mois après le scandale de la Société Générale, on croit rêver.

Le Président du renoncement
Jeudi 18 septembre, devant une assistance attentive, à Bletterans dans le Jura, Nicolas Sarkozy a cette expression bravache :"Le mot renoncement ne fait pas partie de mon vocabulaire". Pourtant, la semaine écoulée ne fut que cela. Nicolas Sarkozy a renoncé à décrocher un point de croissance supplémentaire "avec les dents". On parlait récession depuis des semaines. Le crash boursier a porté le coup de grâce. Le Ministère de l'Emploi a confirmé hier que le pouvoir d'achat des salariés a baissé au second trimestre.

Quand la polémique EDVIDGE enfle, jusqu'au sein de son propre gouvernement, Sarkozy doit aussi renoncer. Mercredi, Michèle Alliot-Marie expliquait encore que le gouvernement n'avait pas l'intention de modifier en profondeur le contenu du fichier de police. Patatras, Fillon l'a désavouée le soir même, et une nouvelle mouture d'EDVIGE était présentée vendredi.

Quand la mobilisation contre le changement de statuts de la Poste frémit, Sarkozy fait également (temporairement ?) marche arrière: il nomme une commission.

Sarkozy a enfin renoncé au grand soir fiscal. Passés les premiers cadeaux à son camp électoral l'an passé, voici venu le temps du cafouillage généralisé. Sa taxe de 1,1% sur les revenus du capital des classes moyennes pour financer le RSA passe mal; Sarkozy recule : le gouvernement va finalement plafonner les niches fiscales qui permettent aux plus riches de s'exonérer d'impôt sur le revenu.

Le Président des bouc-émissaires
Pour masquer ces renoncements et autres impuissances, Nicolas Sarkozy utilise deux parades : distraire l'opinion et désigner des coupables.

La semaine dernière, la venue du pape à Lourdes lui avait fourni l'un de ses épouvantails favoris: il a pu focaliser l'attention médiatique sur son fumeux concept de "laïcité positive". A l'instar d'un George W Bush en 2004, ou d'une Sarah Palin cette année lors des élections présidentielles américaines, Nicolas Sarkozy aime agiter l'opinion sur des thèmes religieux, moraux ou sociétaux pour mieux cacher les vrais sujets que sont la pauvreté, le pouvoir d'achat ou le déficit de l'Etat. Le pape étant parti, il fallu au Président trouver autre chose.

Quelque soit le sujet, Nicolas Sarkozy a eu aussi besoin d'un bouc-émissaire. Depuis 72 semaines, il a attaqué les chômeurs, les seniors, les instituteurs, les militaires, les sans-papiers, les retraités, les jeunes, ou les banlieues. Vendredi, il a présenté son plan de réforme de santé. Il a choisi son angle favori : la traque aux fraudeurs à l'assurance-maladie. Comme si l'équilibre des comptes de la Sécurité Sociales passait par là. Il y a 6 mois déjà, pour réduire les droits et indemnités des chômeurs, il avait stigmatisé les fraudeurs. Pour la Sécu, même méthode inique. Il réclame des "pénalités plancher" contre les fraudeurs à l'assurance maladie.

Son paquet fiscal de l'été 2007 a creusé le déficit de la Sécu, mais chut ! C'est un secret. Les déficalisations des heures supplémentaires coûtent 150 millions d'euros par mois aux comptes sociaux. Chut !!

Surpris par des sondages très rapidement exécrables, le président français a compris la leçon. Il s'est enfermé dans sa tour d'ivoire, celle des copains et des grands discours. Petite différence avec son prédécesseur Jacques Chirac qui alliait hauteur et immobilisme, Sarkozy mêle agitation et incompétence.

Les riches paieront aussi

' );popup.document.close();">Cliquez pour agrandir l'image jeudi 18 septembre 2008, 17:23

Un nouvel impôt direct. C'est en ces termes simples que l'on peut résumer la modalité choisie par le gouvernement pour financer le revenu de solidarité active. En ces temps de pouvoir d'achat souffreteux, l'annonce de la taxe de 1,1% sur les revenus du capital et de l'épargne pour alimenter les caisses du RSA n'avait pas reçu le meilleur accueil. Au sein même de la majorité - qui soutient le candidat Sarkozy devenu "président du pouvoir d'achat", qui promettait de ne pas augmenter les prélèvements directs-, on s'est ému de l'iniquité de la mesure.

Mais, dans cette période de crise, pas question de laisser les divisions s'immiscer au sein de l'UMP. Pas sur ce dossier tout du moins. Le gouvernement a suffisamment à faire avec la prime transport, imposée "facultativement" aux patrons. Dans le cas du RSA, les plus hauts revenus risquaient d'échapper à la taxe de 1,1%, imposée aux revenus, en cumulant des avantages fiscaux, communément appelés "niches fiscales". Un amendement présenté mercredi à l'Assemblée vise à réparer l'injustice, en instituant une contribution palier. L'abolition totale des privilèges? Pas si sûr.

"Un dispositif virtuel"

Les modalités précises de ce que François Sauvadet (Nouveau Centre) présente comme un "impôt plancher" ne sont pas encore définies. Elles ne devraient pas être détaillés avant le projet de loi du budget 2009. Une très mauvaise terminologie selon Hervé Mariton, qui refuse d'y inscrire une quelconque dimension idéologique. "Il ne s'agit en aucun cas d'un nouvel impôt" se défend-il au JDD.fr. "Je refuserais de voter cet amendement si c'était le cas". Pour le député de la Drôme, il ne faut retenir que l'essentiel: cette mesure permet de "concourir au financement du RSA". Quant aux niveau du plafonnement, rien ne presse. "Il ne faut précipiter les choses", continue Hervé Mariton. "Selon les critères retenus, cela peut concerner quelques milliers ou quelques centaines de milliers de personnes, ça n'est pas la même chose". Et pour cause.

Selon les informations du quotidien Le Monde, le plafonnement des niches fiscales pourrait être fixé à 50 000 euros, ou 10 000 euros, plus 15% des revenus du contribuable contribué. Des conditions qui risqueraient en l'état de "rendre le dispositif virtuel", prévient Didier Migaud. Pour le président de la commission des Finances, "la question du plafonnement des niches fiscales est un sujet trop central pour n'être qu'un 'coup de com' destiné à évacuer le débat sur le financement du revenu de solidarité active (RSA)". De plus, remarque-t-il dans un communiqué, "si l'éventuel surcroît d'imposition occasionné par le plafonnement global est pris en compte pour le calcul des effets du bouclier fiscal, cela exonérerait de fait les actuels bénéficiaires du bouclier de tout prélèvement supplémentaire". Dans ce cas, conclut Migaud, "le problème de l'injustice fiscale reste entier".

Un amendement "Robin des bois"?

De l'aveu même de Bercy, la mesure ne rapporterait que 200 millions d'euros, alors que la taxe de 1,1% devrait elle permettre de ramener 1,5 milliard d'euros dans les caisses du RSA. Si la solidarité n'a pas de prix, le poids des taxes à vocation "solidaire" (CSG, CRDS...) augmente lui rapidement. Il n'en reste pas moins que l'amendement cosigné mercredi par les différents courants de l'UMP et par le Nouveau centre permet au gouvernement de faire coup double. La pilule de l'impôt nouveau est d'abord moins amère à avaler, et le débat de fond sur les niches fiscales, sans cesse repoussé, est encore une fois éludé. A entendre Laurent Hénart, l'ancien directeur de cabinet de Dominique de Villepin, le gouvernement jouerait même avec cette mesure les "Robin des bois": "Aucun redevable ne pourra plus désormais échapper totalement à l'impôt sur le revenu via l'accumulation des niches fiscales". Peut-être faudra-t-il être plus inventif... Selon lui, le gouvernement traite de la question de "l'équité fiscale", pas moins. En reconnaissant et corrigeant, par cet amendement, une "injustice" qu'il a lui-même instituée...

Le prix du néolibéralisme 

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mardi 16 septembre 2008, 16:34

On savait que le néo-libéralisme faisait des dégâts sociaux et humains. On va bientôt pourvoir aussi chiffrer son coût économique. L'addition se construit sous nos yeux ébahis. Pour le moment, elle se monte, selon le site lesechos.fr, à 514,5 milliards de dollars. Ce sont les dépréciations d'actifs avouées par les banques à la suite de la crise des subprimes. Il faut y ajouter les 200 milliards de dollars que le gouvernement des Etats-Unis a l'intention d'injecter dans les établissements de refinancement hypothécaire Fanny et Freddy, suite à leur « nationalisation ».

Et la facture n'est que provisoire : à la suite de la faillite de la banque américaine Lehman Brothers, les banques sont en train de faire leurs (mé)comptes à toute vitesse. La banque franco-belge Dexia avoue ainsi que le défaut de sa consoeur américaine pourrait lui coûter jusqu'à 2,5 milliards d'euros (3,6 milliards de dollars). Nul doute que les comptables s'arrachent les cheveux en ce moment même dans toutes les places financières de la planète !

Pourquoi qualifier ces pertes de « prix du néo-libéralisme » ? Tout simplement parce que la faillite du système financier est la conséquence d'un mouvement de fond du capitalisme contemporain : la tentation de substituer les marchés à l'action publique. Le cas de Fanny et Fredy est très instructif. A l'origine, l'agence Fanny Mae a été créée par l'administration Roosevelt (c'est le New Deal) pour apporter la garantie de l'Etat aux emprunts hypothécaires des Américains accédant à la propriété, avec des fonds publics.

En 1968, pendant la guerre du Vietnam, le président Johnson (démocrate), « privatise » Fanny Mae, pour mieux financer l'effort militaire. Quelques années plus tard, Freddy est créé sur le même modèle : une « entité sponsorisée par le gouvernement ». Ce statut bâtard (ni public ni privé) lui permet d'emprunter presque aussi peu cher que l'Etat. Or c'est Fanny et Freddy qui vont donc inventer la « titrisation » à grande échelle, c'est-à-dire le fait de revendre les créances dans tout le système financier américain d'abord, mondial ensuite.

Un système qui explose
Le système va exploser lorsqu'on va le charger de garantir de plus en plus de dettes, y compris celle des pauvres. C'était pratique pour les gouvernements : plutôt que de lever des impôts pour aider ensuite les pauvres à se loger, il suffisait de leur dire d'emprunter. Le marché a été chargé de suppléer l'absence de politique publique du logement aux Etats-Unis, et il a échoué lamentablement. Aujourd'hui la note est salée pour les actionnaires, mais surtout pour les deux millions d'Américains qui ont perdu ou vont perdre leurs logements et les économies de leur vie, et enfin pour les contribuables. Le néolibéralisme, ou capitalisme financier, qui devait être la solution à tous les maux est devenu le problème lui-même.

Le pire est que personne ne sait quand la crise s'arrêtera et donc quel sera le montant final de cette aventure. La perspective de 1500 milliards de dollars de pertes avancée par le FMI est devenue très crédible. Même les plus grands financiers perdent leurs repères : l'ancien patron de la Réserve fédérale américaine, Alan Greenspan, adulé autrefois comme le grand gourou de la finance mondiale, alors qu'il n'a pas voulu voir la bombe à retardement des subprimes placée sous les yeux de l'organisme qu'il présidait, proclame aujourd'hui: « C'est la plus grande crise depuis un siècle. » Vous avez bien compris ce que cela veut dire : la Grande Dépression de 1929 est dépassée. Accrochez vos ceintures !


Un Président complexé ? 

' );popup.document.close();">Cliquez pour agrandir l'image dimanche 14 septembre 2008, 11:52

Le Président sait tout, agit sur tout, commande tout. Il n'a pas fallu attendre cette 71ème semaine de Sarkofrance pour l'apprendre. La polémique sur Edvidge ou sur l'affaire Tapie sont révélatrices d'un complexe: Sarkozy n'assume pas. Il ne se cache pas, mais il n'assume pas. Il a besoin de fusibles. L'autre polémique sur sa bravade en Russie ou ses courbettes devant le pape révèlent un second aspect de la Présidence: Sarkozy sort facilement de son costume présidentiel. Où est donc le complexe ?

EDVIGE, ou la trouille des sondages
Nicolas Sarkozy a décidé, seul, de la fusion des services de renseignement intérieur en juin dernier (RG et DST), et de leur rattachement à son autorité. Comme souvent, la réforme fut menée en deux temps : une réflexion de bon sens (la guerre moderne repose désormais davantage sur le renseignement); une commission d'experts qui pond un « Livre Blanc » reprenant les consignes présidentielles; puis le passage à l'acte: le 1er juillet dernier, la DCRI, Direction Centrale du Renseignement Intérieur, et EDVIGE étaient nées. Nicolas Sarkozy connaît parfaitement le contenu du dossier. Il lui a été présenté lors du Conseil des Ministres du 25 juin.

Au retour des vacances, la polémique enfle. Sarkozy se cache. Les promoteurs du fichier EDVIGE avancent en vain deux arguments : il serait « normal », car la police doit faire son travail et « la violence a évolué ». Et ce fichier serait « sans gravité », car pratiqué depuis longtemps. Ces arguments ont été balayés cette semaine. 150 000 signataires soutiennent la pétition contre EDVIGE. Sarkozy recule. Il émet des doutes sur les critères sexuels, critique la communication, exige de revoir la copie. Bref, il a peur que cette affaire ruine sa timide remontée dans les sondages.

Pour cette affaire, le fusible s'appelle Alliot-Marie. Michèle Alliot-Marie.

Tapie, Clavier, ou « les copains d'abord »
Après le couac corse, l'image de la semaine, c'est celle de Bernard Tapie pendant 4 heures devant la Commission des Finances de l'Assemblée Nationale. Rassurez-vous, Nicolas Sarkozy nous expliquera plus tard que c'est bien le signe que le Parlement est important. L'audition de Tapie n'a rien changé et ne changera rien. Elle a donné une tribune au tribun, c'est déjà cela. « A aucun moment, strictement à aucun moment, on ne peut voir la main du pouvoir dans la décision de faire l'arbitrage », y a déclaré l'ancien homme d'affaires. Deux jours après, il allait à l'Elysée. Coïncidence évidemment.

Pour cette affaire, le fusible s'appelle Lagarde. Christine Lagarde. C'est elle qui assume tout pour son Président. On soupçonne pourtant que la bienveillance de l'Etat vis-à-vis de Bernard Tapie ait débutée quand Sarkozy était ministre de l'économie et des finances, deux ans avant une élection présidentielle où le même Tapie annonça son soutien paradoxal au candidat de l'UMP. Qu'importe, Lagarde assume. Le Président se cache, ou plutôt, il a mieux à faire.

Crise économique, ou l'échec caché
Autre sujet, même attitude. Avez-vous entendu le « Président du pouvoir d'achat » prendre la parole sur un sujet économique depuis la rentrée ? Moi, oui. C'était à Saint Nazaire, vendredi 6 septembre. Sarkozy s'est frotté à quelques futurs chômeurs des chantiers navals, pour leur expliquer, comme l'an passé à Gandrange, que « Les malins, ils parlent ; les autres, ils font. » Rien sur le reste. Sarkozy est ailleurs. Il va parler développement de l'intéressement sur les terres de Ségolène Royal jeudi 11 septembre. Après le soufflé du RSA (Revenu de Solidarité Active), cherche-t-il à se relancer sur le terrain social pour troubler le jeu de la gauche ? Le Président évite de s'expliquer sur l'efficacité sociale du RSA ou sur les raisons de le faire payer par les classes moyennes, bouclier fiscal oblige. Similairement, il ne parle JAMAIS de la récession qui s'annonce. La Banque de France a pourtant confirmé cette semaine le niveau faible de la croissance, et la “stabilisation” de l'inflation à un niveau record (3,2%). On a aussi appris, jeudi, que l'économie, pour la première fois depuis 2003, a détruit au deuxième trimestre 2008 plus d'emplois qu'elle n'en a créé. Qui s'alarme ? Pas le Président.

Pour cette affaire, les fusibles s'appellent Fillon et Lagarde (encore elle).

Benoît XVI et « Sarko le Catho »
Quand le pape débarque sur le tarmac d'Orly, Sarkozy sort de son rôle. Il n'est plus le Président de la République Française. Il est « Sarko le catho », qui ne peut retenir l'émotion de sa foi. Il affirme que la laïcité doit être positive, comme si elle l'était négative par nature. Alors que Benoît XIV préfère dénoncer l'antisémitisme, et louer le climat pacifié entre les religions et l'Etat en France, Sarkozy s'emballe dans de souverains poncifs: « La laïcité positive, la laïcité ouverte, c'est une invitation au dialogue, à la tolérance et au respect. » Que doivent penser les athées quand ils s'entendent conseiller que « ce se serait une folie de nous en priver (des religions, ndlr), tout simplement une faute contre la culture et contre la pensée » ? Nicolas Sarkozy commet une faute contre sa fonction et contre notre pensée. Il ne maîtrise pas ses émotions.

Russie, ou la bravade du « petit garçon »
On ne reprochera pas à Nicolas Sarkozy d'avoir tardé à répondre à la crise géorgienne. Mais il s'est planté; il a cru que Poutine et Medvedev auraient été calmés cet été par son aller-retour Cap Nègre-Moscou un mardi du mois d'août. Pour sa seconde visite, lundi dernier, la mise en scène était rodée. La troïka européenne partait à Moscou avec une concession majeure en main: le maintien des forces russes dans les deux provinces séparatistes qui profitèrent de la crise pour déclarer leur indépendance. A considérer l'énervement américain, on comprend que le compromis européen est mince. La Russie a sauvé l'essentiel, son contrôle sur la région. Les ambitions étaient modérées, le résultat fut là. Sarkozy n'a pu s'empêcher de mettre en scène son « succès », et de le faire savoir: « On est content. Honnêtement, ce n'était pas gagné d'avance ! Je mets au défi qui que ce soit d'obtenir mieux ». Le lendemain, le ministre russe des Affaires Étrangères expliquait que ses troupes resteraient dans la région … pour longtemps. L'ami Poutine, samedi 13 septembre, a avoué : « Nos relations présentent un caractère constructif, et progressivement nous avons établi des rapports très amicaux. Nous nous confions davantage l'un à l'autre. Et, je vais vous faire une confi–dence, comme il s'intéresse aux arts martiaux, nous avons décidé de faire un entraînement ensemble. » Même Le Monde le reconnaît, la Russie a tiré profit de la crise géorgienne. Pourquoi Sarkoy a-t-il besoin de rouler des mécaniques ?

Cette semaine, Nicolas Sarkozy s'est caché des sujets majeurs: Edvige, Tapie, pouvoir d'achat, le président n'était plus là. il a préféré faire l'acteur à Moscou ou afficher sa foi personnelle devant le Pape.