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Revue de Presse Six tours du monde en 80 jours! | lundi 27 octobre 2008, 18:00
"A tout à l'heure", a-t-il simplement dit à son interlocuteur avant de s'élancer dans le parc, suivi de près par son coach. Ou plutôt sa coach. Une amie de Carla, spécialiste de la "forme physique". Celle qui, depuis six mois, court avec lui au moins deux fois par semaine. Elle lui a établi un plan d'entraînement sur mesure. Un terme fait maintenant fureur à l'Elysée: il est de bon ton d'évoquer, dans la conversation, la "VO2max de Nicolas".
Franck Louvrier, le conseiller en communication de l'Elysée, se fait un plaisir d'expliquer l'enchaînement savant des rythmes "d'accélération et de décélération" auxquels se livre le chef de l'Etat pendant ses 90 minutes de jogging. Nicolas Sarkozy a si bien intégré ce programme personnalisé qu'il le fait seul lors de ses voyages à l'étranger. Ainsi, il y a huit jours, alors qu'il était au Québec et se préparait à rejoindre George W. Bush à Camp David, il est parti à 6 heures du matin le long des berges du Saint-Laurent, avec ses officiers de sécurité.
Mais courir n'est pas le seul "secret" de la forme physique de Nicolas Sarkozy, qui multiplie les déplacements officiels: près de trente en France et à l'étranger, depuis son voyage express aux Jeux olympiques de Pékin (à peine une journée sur place) au début du mois d'août. Pour montrer une telle résistance, il se préserve, en dépit de son emploi du temps surchargé. Ainsi, depuis quelques semaines, il a demandé à son entourage de réduire le nombre de ses rendez-vous quotidiens. De vingt, ils sont passés à six. "Sept au maximum": la consigne est claire.
Nicolas Sarkozy a besoin de plages de repos. D'espaces d'aération. Pendant lesquels il peut... passer des coups de fil, fumer un cigare, avaler quelques cuillères de fromage blanc, ou croquer une pomme. Jamais d'alcool: le Président a été très "agacé" par les commentaires qui ont suivi sa conférence de presse d'octobre 2007 avec Vladimir Poutine et qui laissaient entendre qu'il aurait abusé de la vodka. "D'autant plus absurde que ni Poutine ni lui ne boivent une goutte", jure son entourage qui explique l'essoufflement d'alors par une "montée d'escalier quatre à quatre".
Pas d'alcool et 7 heures de sommeil par nuit
Autre rumeur infondée, celle qui concerne la consommation immodérée qu'il ferait du chocolat. Très soucieux de sa ligne, Sarkozy se nourrit essentiellement de viande blanche, de poisson et de légumes. S'il ne s'interdit pas les féculents (des sucres lents), il lui arrive fréquemment de sauter le fromage et le dessert. Y compris lors des dîners officiels où un fruit remplace subrepticement sur son assiette l'entremet du menu. Le Président s'efforce de ne pas céder à la tentation du chocolat plus d'une ou deux fois par jour. "Et encore", jure Claude Guéant, le secrétaire général de l'Elysée, qui avoue faire lui aussi "la chasse aux calories".
Question diététique, Nicolas Sarkozy peut également compter sur son épouse. Carla, ancien mannequin, veille de près aux repas du soir qu'ils prennent généralement tous les deux. Car si les journées du président démarrent tôt ("le premier coup de téléphone survient vers 7 heures", confirme Guéant), elles se terminent rarement après 20 heures. Selon un rituel bien établi, le chef de l'Etat quitte alors l'Elysée pour rejoindre le domicile de Carla Bruni, une maison située dans le 16e arrondissement de Paris. Les soirées du couple sont rythmées comme du papier à musique. Dîner léger en famille, le plus souvent dans la cuisine ouverte sur le jardin. Vers 22 heures, Nicolas Sarkozy regagne le bureau qu'il s'est aménagé là-bas pour étudier ce que son cabinet appelle les "dossiers du lendemain". Il se couche aux alentours de minuit.
Le Président, qui a besoin de dormir "environ 7 heures", n'a "aucun problème de sommeil", assurent ses proches qui poussent des hauts cris dès que l'on parle de somnifères ou de tout adjuvant artificiel. "Nicolas déteste l'idée de perdre le contrôle. Il évite comme la peste tout produit médicamenteux. Y compris la vitamine C à laquelle il préfère le jus d'oranges." Seule exception, l'Imigran, le remède qu'il utilise pour combattre ses migraines et dont "il ne se sépare jamais". La dernière migraine "officielle" remonterait... à plusieurs mois. Le "bon stress" de la crise, sans doute. Quant au décalage horaire, que Nicolas Sarkozy redoute, la brièveté des voyages présidentiels permet finalement de les éviter. Ainsi en Chine, ces deux derniers jours: départ jeudi soir, retour dimanche matin. 25 heures d'avion au total pendant lesquelles, le Président peut faire ses nuits.
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|  Sarkozy, président procédurier | vendredi 24 octobre 2008, 15:59
Nicolas Sarkozy est sur tous les fronts. Soutien aux PME, crise bancaire, sommet Asie-Europe, etc. Il a aussi occupé cette semaine le terrain judiciaire, mais à des fins personnelles. En dix jours, le chef de l'Etat a porté plainte deux fois et plusieurs affaires le concernant sont en cours. Depuis Valéry Giscard d'Estaing, les présidents se sont interdits d'aller devant les tribunaux et la cinquième République a rarement vu un chef de l'Etat multiplier autant les procédures devant la justice. Ce qui doit rendre heureux son avocat, maitre Herzog.
Dernière action en date, un référé contre les éditions K&B pour leur faire retirer du marché une poupée vaudou à son effigie. Le coffret vendu par l'entreprise contient une poupée Sarkozy, un manuel de sorcellerie, une biographie humoristique du président et un lot de douze aiguilles pour s'initier à l'art de la magie noire et de l'envoûtement au dépens du chef de l'Etat. Pour Nicolas Sarkozy et son conseil, point d'humour là-dedans, mais une "violation du droit à l'image" manifeste. De quoi réclamer le retrait de la vente de l'objet du délit et un euro symbolique. Dommage, le manuel est déjà numéro un des ventes sur les sites d'achat en ligne. L'affaire est plaidée ce vendredi à 15h00 devant le tribunal de grande instance de Paris.
Un militant accusé d'"offense"
La communication de cette information est intervenue jeudi, alors que comparaissait le même jour un Mayennais devant le tribunal correctionnel de Laval pour "offense au chef de l'Etat". Cet homme, un ancien travailleur social toujours très engagé dans le combat anti-OGM, antinucléaire et pro sans-papiers, avait brandi une affichette avec le célèbre "casse-toi pauv' con" au passage du président en août dernier. Il risque mille euros d'amende pour "injure", selon la loi sur la presse et sur la communication. Mais, si le tribunal retient l'"offense", on peut aller jusqu'à 45 000 euros. Pour rappel, la Cour européenne des droits de l'Homme a condamné la France le 25 juin 2002 pour un délit d'offense à chef d'Etat étranger (suite à la condmnation par la justice française d'un article du Monde évoquant en 1995 l'entourage du roi du Maroc). De manière générale, pour la justice européenne, la France applique trop mal le principe de liberté d'expression et de trop nombreuses condamnations pour diffamation, insulte ou offense sont prononcées dans notre pays.
Toujours jeudi, un couple de Sénégalais de 30 ans a été écroué par le parquet de Nanterre. La justice leur reproche d'avoir piraté le compte bancaire présidentiel. Une jeune femme travaillant dans une boutique de téléphonie a été déférée devant le parquet et devait encore passer devant le juge pour connaître son sort. Le couple aurait souscrit des abonnements à des réseaux de mobile en utilisant les coordonnées bancaires du président.
Mais la liste des actions en justice de Nicolas Sarkozy est bien plus longue. Premier procès en date, un succès dans un délit d'atteinte au droit à l'image contre la compagnie aérienne Ryanair en février dernier. L'entreprise irlandaise avait publié, dans une publicité, une photographie du couple présidentiel. Le même mois, Nicolas Sarkozy dépose plainte contre le Nouvel Observateur dans l'"affaire du SMS", prétendument adressé à son ancienne épouse Cécilia. Le journaliste s'est depuis excusé et l'action n'est pas allée jusqu'à son terme.
Un statut pénal exceptionnel
Plus récemment, il y a eu la plainte contre l'ex directeur des Renseignements généraux, Yves Bertrand, pour "dénonciation calomnieuse, atteinte à la vie privée, faux, usage de faux et recel". Enfin, pour compléter la liste, il ne faut pas oublier le procès Clearstream, dans lequel le chef de l'Etat s'est constitué partie civile. Nicolas Sarkozy est un ancien avocat et le nombre d'affaires dans lequel il est engagé montre bien sa connaissance des lois. Surtout, il souhaite affirmer ainsi qu'il se considère comme un citoyen lambda. "Ni au-dessus des lois, ni en-dessous", aime-t-il à répéter
Problème, les différents recours à la justice du président en inquiètent beaucoup. Le chef de l'Etat bénéficie d'un statut juridique particulier, puisqu'il ne peut être poursuivi (grâce à l'immunité présidentielle), mais peut poursuivre comme bon lui semble. Le déséquilibre pose problème. En outre, le président, lorsqu'il porte plainte, ne peut être considéré comme n'importe quel citoyen. Président de la République, il est le supérieur des magistrats. En effet, il est notamment, de par sa fonction, président du Conseil supérieur de la magistrature (CSM), l'organe qui décide de la carrière des juges et des procureurs français. Bref, Nicolas Sarkozy n'est pas tout à fait un justiciable comme les autres.
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|  Elysée: Encore un budget polémique | mercredi 15 octobre 2008, 08:54
Le timing est pour le moins mauvais sur un sujet aussi sensible. Alors que la crise financière secoue les économies mondiales et que les plans de sauvetage des banques va coûter quelque 360 milliards d'euros à la France, l'annonce de la hausse du budget de l'Elysée pour 2009 devrait provoquer un tollé. Encore que tout le monde ne soit pas d'accord sur l'ampleur de cette augmentation. Selon le projet de budget 2009 - examiné en novembre prochain par le Parlement - les crédits alloués à l'Elysée devraient s'élever à 112,3 millions d'euros contre 100,8 millions d'euros pour le budget initial de 2008. Soit une hausse de 11,45%. Ce sont notamment les frais de déplacements de Nicolas Sarkozy, + 32% par rapport à 2008, qui provoquent cette hausse des crédits. En cause également, les charges de fonctionnements (fournitures, télécommunications, frais de réception, etc.), qui vont croître de 25,2%.
Déchiffreur reconnu des budgets élyséens depuis des années, René Dosière, le député apparenté PS crie à "l'opacité" et déplore cette "augmentation très forte" du budget de la présidence. "C'est la hausse la plus importante depuis au moins cinq ans du budget de la présidence: Nicolas Sarkozy bat largement Jacques Chirac", dit le député de l'Aisne au Parisien à paraître mercredi. "Alors qu'il met toutes les administrations de l'Etat à la diète, Nicolas Sarkozy fait plus avec plus. A l'évidence, le président de la République est plus cigale que fourmi". Le député socialiste s'étonne aussi de la présence de "clandestins" dans les effectifs de l'Elysée. "Entre le nombre de fonctionnaires mis à disposition par les ministères et le chiffre officiel déclaré par l'Elysée, il y a un écart d'environ 150 personnes". Par ailleurs, "la rémunération de 98 collaborateurs va augmenter de 20% après une hausse de 26,8% l'an dernier. Qui a vu son salaire augmenter de 50% en deux ans?", s'interroge-t-il. Le député de l'Aine présentera mercredi son rapport annuel, opportunément intitulé "Le président qui ne connaît pas la crise".
"La Présidence est donc exemplaire en matière budgétaire"
Du côté de l'Elysée, il s'agit donc de déminer le sujet rapidement, surtout après la longue polémique qui avait émaillé le premier budget de l'Elysée de l'ère Sarkozy, lorsqu'il était passé de 33 à 100,8 millions d'euros. Ou encore celle sur l'augmentation de 170% du salaire de Nicolas Sarkozy. Dans un communiqué intitulé Budget de l'Elysée: exemplaire de transparence et de bonne gestion" envoyé mardi soir, on note que les services du chef de l'Etat n'ont pas tout à fait la même lecture des chiffres. Au final, explique ce long texte, "la dotation budgétaire de la Présidence s'élève pour 2009 à 112,3 millions d'euros, soit une progression de 2%". Grâce à quel tour de passe-passe l'augmentation du budget passe-t-elle d'un gros 11,45% à un plus acceptable 2%? Tout simplement parce que le budget 2008 a été revu à la hausse entre temps et qu'il ne s'élève plus à 100,8 millions comme annoncé mais à 110 millions d'euros...
Pour justifier cette hausse de dernière minute, l'Elysée parle "de quelques derniers ajustements" destinés à prendre en charge des postes de dépenses sous-estimés, dont "les cotisations retraite des personnels des ministère de la Défense", à hauteur de 4,2 millions d'euros. L'autre "ajustement" concerne les frais de transport du président. Ils ont été calculé sur la base de ceux de Jacques Chirac, or, Nicolas Sarkozy voyage trois fois plus que son prédécesseur. Il faut donc une enveloppe supplémentaire de 5 millions d'euros. Toutefois, ajoute l'Elysée, "le coût pour l'Etat est nul" puisque cette hausse est couverte par un "transfert des crédits correspondants du budget du ministère de la Défense".
"La Présidence est donc exemplaire en matière budgétaire, en se soumettant aux règles qu'elle édicte pour les budgets ministériels (pas plus vite que l'inflation)", se félicite le communiqué. Et de continuer dans l'autosatisfaction en soulignant que, par rapport à 2006, "les déplacements ont été multipliés par trois; les réceptions ont été multipliées par deux" et "le volume de courrier reçu (et auquel il faut répondre) a doublé. Pour autant, le budget de la Présidence ne progresse pas", grâce à un "vaste plan d'économie". Le porte-flingue de l'UMP, Frédéric Lefebvre a immédiatement réagi aux attaques de René Dosières "tout simplement ridicules car il feint de penser que l'activité du Président n'a pas augmenté depuis quinze mois alors ". "L'augmentation de 2% du budget (...) c'est une évolution plus que raisonnable." Un peu plus, et on parlerait presque de rigueur à l'Elysée.
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|  Le gouvernement siphonne 600 millions d'euros des caisses des chômeurs et des handicapés | jeudi 9 octobre 2008, 22:41
En pleine crise financière, le gouvernement s'inquiète de plus en plus de voir tous les compteurs virer au rouge vif : forte hausse du chômage au mois d'août, augmentation des déficits pour financer les plans d'aide aux banques, baisse des entrées fiscales en raison du ralentissement de la consommation. Pour sortir de cette impasse, les Européens ont prévu d'assouplir les critères de Maastricht pour permettre aux Etats de s'endetter davantage. Mais cela ne suffira pas. Le gouvernement tente donc de récupérer discrètement des enveloppes budgétaires essentiellement consacrées aux chômeurs et aux handicapés. Avec un système un peu complexe composé d'organismes largement ignorés par le grand public, le gouvernement espère récupérer ses fonds en toute discrétion. C'est ce que révèle le Canard Enchaîné dans son édition du 8 octobre.
L'Etat va récupérer discrètement 400 millions d'euros à l'UNEDIC En janvier, l'UNEDIC et l'ANPE vont fusionner pour donner naissance à "France-Emploi". Ce service public, nouvelle génération, doit permettre d'améliorer le traitement du chômage et le retour à l'emploi. L'UNEDIC est une structure partiaire (gérée par les partenaires sociaux) financée par les cotisations chômage payées par les salariés. L'ANPE est une administration d'Etat. Ces deux structures de natures différentes vont fusionner au sein d'un organisme entièrement contrôlé par l'Etat. A l'origine, l'UNEDIC devait débourser 8% de son budget pour financer la création de France-Emploi, structure d'Etat. Or, selon le Canard Enchaîné, le ministère a décidé arbitrairement d'augmenter la part de co-financement à 10%. L'UNEDIC doit donc faire une rallonge de 400 millions d'euros pour financer "France-Emploi", structure d'Etat. Autrement dit, l'Etat récupère 400 millions d'euros des caisses de l'assurance-chômage.
L'Etat avait déjà pris 50 millions d'euros destinés à l'insertion des handicapés Ce n'est pas la première fois que l'Etat récupère discrètement des fonds dans des caisses destinées normalement aux chômeurs et à ceux qui connaissent des problèmes d'insertion. L'Etat a déjà repris, sans concertation, 50 millions d'euros à l'Agefiph, fonds d'aide pour l'insertion professionnelle des handicapés pour équilibrer les recettes du projet de loi de finances 2009. A l'époque, la CGT avait qualifié ce tour de passe-passe comptable de véritable "hold up" car cela revient à retirer à la structure 10% de son budget prévisionnel 2008-2010. Selon le président de l'Association, cette ponction de l'Etat pourrait priver 28 000 personnes à mobilité réduite d'une formation qualifiante. Cette ponction est la deuxième qui touche les handicapés. Au mois d'avril, le gouvernement avait déjà annulé 17 millions d'euros de crédits du Fonds d'insertion des personnes handicapées de la fonction publique.
Le ministère de l'Economie va reprendre 118 millions d'euros consacrés à la formation professionnelle Le gouvernement va s'attaquer à une troisième caisse d'aide aux chômeurs. Peu connu du grand public, il s'agit du Fonds unique de Péréquation, créé il y a plus de 30 ans par Jacques Chaban Delmas, sous la présidence de Georges Pompidou. Il s'agit d'un fonds qui récupère l'argent non utilisé par les organismes de formation professionnelle afin de le reverser aux demandeurs de congé individuel de formation. L'Etat a décidé arbitrairement de récupérer 118 millions d'euros de ce fonds pour ses propres caisses.
Au final, entre la rallonge de l'UNEDIC (400 millions d'euros), la confiscation par l'Etat d'une partie du fonds d'aide aux handicapés (50 millions d'euros) et la récupération de 118 millions d'euros du fonds d'aide à la formation professionnelle, c'est près de 600 millions d'euros que Bercy s'apprête à récupérer aux chômeurs
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|  Pourquoi ça krache toujours | jeudi 9 octobre 2008, 08:43
Pourquoi ça va plus mal ? Pourquoi passe-t-on d'une crise de confiance à une sorte de crise de défiance ? Pourquoi les Bourses regardent, pétrifiées d'angoisse, la baisse des taux coordonnée des banques centrales comme un effet placebo ? André Orléan, professeur à l'école d'économie de Paris et directeur de recherche au CNRS résume la situation : «On vit une période inversement proportionnelle à la confiance exubérante» qui a poussé les bulles à gonfler et le marché à enfler démesurément. «Là, on assiste à un mimétisme de psychologie baissière que rien ne semble enrayer. C'est une crise systémique d'une gravité extrême, où il est difficile de localiser où et comment intervenir.» Car l'économie a deux ennemis, dit l'économiste Alexandre Delaigue (1) : l'avidité et la peur. Après avoir fricoté avec le premier, la voilà qui plonge dans les bras de la seconde. Et les politiques nagent en plein brouillard. «On a une visibilité de cinq à six heures», confiait-on hier à l'Elysée. Rassurant…
Des gardiens impuissants
La peur s'est infiltrée jusque dans les gardiens du temple de la confiance à tout prix, les banques centrales. Mardi, Ben Bernanke, le patron de la Réserve fédérale américaine a alimenté le pessimisme, en évoquant la nécessité «de réexaminer sa politique monétaire». Son homologue européen, Jean-Claude Trichet, avouait, hier lors d'un forum à Evian, son impuissance : «Nous sommes arrivés à un point […] où nous allons tous faire ce qui est en notre pouvoir.» Rassurant ? Hier, pour tenter de soigner un patient totalement paralysé, six banques centrales (Etats-Unis, Union européenne, Royaume-Uni, Canada, Suède et Suisse) ont tenté une thérapie de choc : une baisse de leur taux d'intérêts d'un demi point. Un mouvement coordonné aussi inattendu qu'exceptionnel. La dernière opération d'urgence, mais de moindre ampleur, remonte à septembre 2001… Objectif : soigner une croissance décroissante en diminuant le coût du crédit. Et, indirectement, répondre à la crise qui paralyse les banques entre elles (lire ci-contre).
«Excellente décision», s'est illico félicité Nicolas Sarkozy. Voilà qui répondrait «parfaitement à la situation, au besoin de liquidités des établissements bancaires», a ajouté le chef de l'Etat. Et au besoin des entreprises comme des collectivités, asphyxiées (lire pages 8 et 9). «Malheureusement, ces baisses de taux sont bien peu de chose dans l'environnement actuel», dit James Knightley, analyste à ING. Et les Bourses ont plongé à l'unisson dans la foulée… «Les banques centrales sont impuissantes car le problème, c'est la peur, note Alexandre Delaigue. Et on n'arrête pas la peur avec des baisses de taux d'intérêt surprise. Cela revient à dire : "Vous avez raison d'avoir peur contrairement à ce que l'on disait…"»
des plans d'urgence en plan ou trop plan-plan
Le plan B des banques centrales, à défaut de rassurer les marchés, montrerait une chose, assure Jean Pisani-Ferry, directeur de Bruegel, un centre de recherche et de débat sur les politiques économiques en Europe. Que «face à la globalisation de la crise, on a un début de globalisation des réponses, dit-il à Libération. Et qu'émerge un début de coordination global plutôt qu'une politique de coup par coup».
Pour l'instant, c'est pourtant ce qui prévaut en Europe. «Nous sommes une union d'Etats et non un Etat unitaire», reconnaît José Manuel Barroso, le président de la Commission (lire page 4). Il y a vacance dans la gouvernance économique. Face à la panique d'un Titanic bancaire, Londres s'est lancé dans une nationalisation partielle - de facto - des premières banques du pays (lire page 6). Et a appelé à un «fonds de secours» européen, torpillé mercredi dernier par l'Allemagne, qui la joue cavalier seul, et flingue les dérives du système capitaliste à l'anglo-saxonne.
Un plan qui pourrait être ranimé dès aujourd'hui face à l'ampleur du désastre… «Le problème, c'est que les banques n'ont plus seulement des problèmes de liquidités, mais aussi de solvabilité», note Alexandre Delaigue. Qu'il faut donc recapitaliser, via l'Etat… A coups de centaines de milliards. Et non pas se contenter de recycler les avoirs pourris des banques. Le FMI l'avoue en partie, qui épingle le plan de sauvetage américain de 700 milliards de dollars. Il faudra un «temps considérable» avant que «les banques soient renflouées et que le marché reprenne confiance», ose-t-il. De la part du Fonds monétaire international, qui, jusqu'au vote du plan par le Congrès, s'était gardé de tout avis, cela a valeur de désaveu. De quoi alimenter, un peu plus, les craintes…
Des prévisions apocalyptiques
Chaque jour, des mots, tabous la veille, sont prononcés à voix haute. Récession. Ou la comparaison avec l'ampleur de la crise de 1929. Hier, le FMI y est allé de son avis, à l'occasion de la publication de ses perspectives. «L'économie mondiale entre dans un tournant majeur, faisant face au choc financier le plus dangereux sur les marchés financiers développés depuis les années 30.» La croissance mondiale, version 2009, a les pieds sur les freins. «Oui, 3 % c'est un chiffre très faible pour la croissance mondiale, et par le passé, cela a été défini comme la limite à une récession mondiale», estime Olivier Blanchard, chef économiste du Fonds monétaire international. Les marchés sont rincés par les sales nouvelles conjoncturelles. Les Etats-Unis ? Ils croyaient avoir la tête hors du sac… Raté. «Le pays est entré en récession et sa croissance économique devrait être de 0,1 % en 2009.» Retour à la normale espéré pour 2010. «D'autres faillites d'institutions financières sont à prévoir», reconnaît hier soir Henry Paulson, le secrétaire au Trésor. Si l'avion-crise mondiale trouve entre-temps des pilotes pour éviter le crash. Car, s'interroge le FMI, «quelle sera l'ampleur de cette baisse ? Quand la reprise aura-t-elle lieu ? Et quelle sera sa force ?» La zone euro, frappée par «des chocs majeurs», fera au mieux un 0,2 % l'an prochain. Comme la France qui a découvert ces prévisions au moment où François Fillon prenait la parole à l'Assemblée (lire page 6) pour tenter de rassurer. Qu'il essaie, ça a plutôt tendance à inquiéter : le gouvernement a bâti son budget 2009 sur un PIB de 1 %….
Des effets d'entraînement
Partout, dans le monde, de l'Asie à l'Amérique latine, en passant par les pétromonarchies du Golfe, ça plonge. Les Bourses, le moral, l'économie. Illustration supplémentaire que la théorie sur le «découplage» des économies a pris l'eau. L'Asie se croyait à l'abri. Voilà le Japon frappé par la crise. Bref, les effets d'entraînement virent à la réaction en chaîne. Un cocktail détonnant, long et difficile à désamorcer. «D'autant que tout le monde, partout sur la planète, cherche à se débarrasser des CDS», rappelle Delaigue. Ces contrats d'assurance contre un risque de faillite, au montant faramineux : 60 000 milliards de dollars… L'aversion au risque provoque la paralysie. Et face au grand brouillard actuel, Etats comme banques centrales avancent avec des veilleuses…
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|  Un égout blindé pour Carla | |
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